Regard critique

  • COVID-19 AU FÉMININ

    Parmi les personnes hospitalisées ou décédées pour cause de COVID-19, les hommes sont sensiblement plus nombreux. Les raisons de cette différence ne sont pas encore établies de façon systématique. En revanche, les femmes sont clairement surreprésentées parmi les victimes économiques et sociales indirectes de la pandémie en cours, dans le monde du travail comme au sein de la famille.

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  • COVID-19 ET TRAVAIL INFORMEL

    Les effets sociaux de la pandémie touchent de façon brutale de large secteurs du travail informel, précaire, ubérisé, qui ont explosé ces dernières années en Europe et aux États-Unis, provoquant les premières poussées de révolte dans les régions les plus pauvres touchées par COVID-19.

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  • LE CONSEIL D'ÉTAT À CÔTÉ DE LA PLAQUE

    Depuis une semaine, à Genève, 1 décès sur 5 est dû à COVID-19 (2 décès sur 5 hier, le 26 mars). Au Tessin, durant cette même semaine, 5 décès sur 6 sont dus à COVID-19. Ces chiffres montrent que la surmortalité liée à la pandémie est en train d’exploser dans les cantons suisses les plus touchés. Genève arrive aujourd’hui en deuxième position, par rapport à sa population, devant le canton de Vaud. Ensemble, ces trois cantons latins comptent pour 56% des 197 décès rapportés aujourd’hui (27 mars, à midi) à l’échelon national.

    Et pourtant, le Conseil d'État genevois s’entête à maintenir le 2tour des Municipales ce 5 avril, sans doute au pic de la pandémie, alors qu’un report de 2 à 3 mois n’aurait pratiquement rien changé au fonctionnement des institutions. En revanche, il aurait garanti le maintien d’une campagne électorale démocratique, évitant que les partis les plus fortunés puissent publier des pleines pages de publicité dans les journaux, comme le PLR, dans la Tribune de Genève de ce 23 mars, alors que les partis les plus populaires se voient privés d’une campagne militante de rue.

    Par ailleurs, comme il fallait s’y attendre, l’organisation de cette élection débouche sur la cacophonie la plus complète : les indications portées sur le matériel de vote sont en contradiction avec les arrêtés du Conseil d’État, risquant d’induire nombre d’électeurs·trices en erreur ; des consignes distinctes, envoyées par le Service des votations, arrivent pêle-mêle avant ou après le matériel de vote ; personne ne sait plus à quel saint se vouer, sans compter les personnes les plus fragiles qui ne relèvent plus leur boîtes aux lettres.

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    Et voilà qu’on apprend ce matin que le Conseil d’État a décidé de rouvrir les chantiers, par peur de ne pas respecter à la lettre les recommandations de Berne, alors qu’un peu de clairvoyance et de courage aurait dû l’amener à maintenir cette fermeture et à convier les deux autres cantons les plus touchés par COVID-19 à exiger la suspension de toutes les activités économiques non essentielles à l’échelon national. En effet, le Tessin n’a qu’une semaine d’avance sur Genève et Vaud pour ce qui est de la létalité de l’épidémie, tandis que ces deux cantons romands n’ont qu’une semaine d’avance sur le reste de la Suisse. Doit-on se préparer à un scénario à l’italienne ?

    Il appartient donc désormais à la société civile de se manifester pour demander aux autorités qu’elles agissent dans l’intérêt de la grande majorité de la population, et non des intérêts économiques de quelques coteries bien représentées dans les coulisses des différents conseils d’État et de la Berne fédérale. Exigeons la fermeture immédiate des activités non essentielles aux soins, à l’approvisionnement et à la sécurité de la population !

  • SWISSCOM ET LE CONSEIL FÉDÉRAL FONT FAUSSE ROUTE : FERMONS LES ENTREPRISES NON INDISPENSABLES !

    Face à la pandémie, le Conseil Fédéral refuse de suspendre les activités économiques non indispensables à la lutte contre COVID-19. En même temps, Swisscom s’engage à livrer des informations sur la géolocalisation de regroupements de plus de 20 personnes dans un espace de 100 m. sur 100 m. à l’Office fédéral de la santé publique. Cherchez l’erreur…

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  • COVID-19 : la guerre des chiffres

    Les nombres de morts de COVID-19 par pays sont des données assez comparables, au moins pour les États qui disposent de services sanitaires développés et de relais administratifs sérieux. Ce sont les plus robustes dont on dispose pour les pays du monde les plus touchés depuis deux semaines, qui permettent ainsi d’établir des comparaisons internationales. Mais à quoi peuvent bien servir de tels chiffres?

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  • AUSTÉRITÉ EN MATIÈRE DE SANTÉ PUBLIQUE ET LÉTALITÉ DE COVID-19

    Les décès attribués à COVID-19 varient fortement selon les pays, de même que leur progression journalière. Il semble bien que la létalité inégale de cette maladie selon les États dépende des politiques de santé publiques menées par chacun d'eux depuis 20 ans. Elles s'expriment concrètement par un différentiel important de lits en soins intensifs pour 1000 habitants. Dans ce domaine, les politiques néolibérales révèlent aujourd'hui pleinement leur coût humain, mais aussi leur irrationalité économique.

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  • PANDÉMIES, MESURES SANITAIRES ET LIBÉRALISME ÉCONOMIQUE: LA SUISSE DONNE LE PLUS MAUVAIS EXEMPLE

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    Au cours de ces 4 derniers jours, du 19 au 23 mars, la Suisse a été le pays au monde qui a connu la plus forte augmentation du nombre de morts de COVID-19 (+228%), suivie par les USA (+215%), le Royaume-Uni (+179%), la France (+178%), l'Espagne (+175%), l'Allemagne (+164%), la Hollande (+134%), l'Italie (+84%), la Corée du Sud (+22%) et la Chine (+1%).

    Les chiffres absolus très élevés de l'Italie et de l'Espagne, cachent une progression beaucoup plus rapide du nombre de morts dans les autres pays, dont la Suisse, les États-Unis et le Royaume-Uni ont désormais pris la tête. Ce sont aussi les États les plus libéraux économiquement, où le gouvernement central a hésité le plus longtemps et hésite toujours à prendre des mesures radicales par peur de nuire aux "milieux économiques".

    Dans les années 1830-1840, les scientifiques qui défendaient le caractère contagieux (transmis de personne à personne) des maladies comme la peste ou le choléra, étaient contrés par le consensus majoritaire des experts britanniques et français, qui estimaient que ces maladies étaient transmises par des qualités propres à l'air ou à l'eau, par des miasmes. Ils étaient alors soutenus par les milieux libéraux, qui s'opposaient à toute idée de mise en quarantaine des navires marchands. La vérité scientifique a fini, on le sait, par triompher, mais à quel prix en souffrances humaines...

    Aujourd'hui, les mêmes milieux récidivent, jusqu’en Italie, où malgré 5500 morts à ce jour, le gouvernement est revenu sur sa décision de samedi soir de fermer toutes les activités non indispensables, sous la pression des milieux industriels. Alors que la Suisse voit exploser le nombre de décès dus à de COVID-19, exigeons maintenant des autorités fédérales et cantonales la fermeture de toutes les activités non indispensables. Il n'y a pas une minute à perdre. Il en va de la vie de centaines de personnes !

  • LA SUISSE À LA POINTE DU CAPITALISME MONDIALISÉ ET DE COVID-19

    Où en est-on dans la progression de la pandémie à l’échelle internationale ?

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    Au début de cet après-midi (22 mars), le Coronavirus Ressource Center de l’Université Johns Hopkins recensait 312'000 cas testés, soit sans doute quelque 3 millions de personnes réellement infectées dans le monde. En tenant compte du taux de létalité de 3,4%, certes discutable, postulé par l’OMS, cela signifierait déjà 102'000 morts annoncées, dont une partie ne sera sans doute pas attribuée à COVID-19, dans les pays où les infrastructures sanitaires sont débordées. En réalité, ces chiffres seront évidemment très largement dépassés, puisqu’aujourd’hui, la progression de l’épidémie n’a pu apparemment être contenue qu’en Chine.

    Dans tous les cas, le nombre de cas répertoriés chaque jour n'est pas un bon indicateur de la progression de la pandémie. Il dépend en effet du nombre de tests effectués. Celui des morts enregistrés est en revanche plus significatif, certes avec un temps de retard, et dans les pays où les malades gravement atteints peuvent être hospitalisés. Sous ce rapport, en proportion de sa population, l'Italie arrive aujourd’hui en tête, suivie de l'Espagne et de l'Iran (dont les chiffres paraissent sous-estimés). La Suisse les suit en 4place (avec 80 morts aujourd’hui), devant la France, la Hollande et le Royaume-Uni. La Chine n'est plus aujourd'hui qu'en 8position, talonnée par la Corée du Sud, les États-Unis et l'Allemagne…

    La Suisse a donc le triste privilège d'être dans le peloton de tête. À qui la faute ? Au refus de tester massivement la population, alors que Roche AG exporte 400'000 kits par semaine aux États-Unis depuis le 13 mars ; au refus de garantir la livraison massive de masques à toutes celles et ceux qui en auraient besoin – ils devraient être portés partout où « la distance sociale » peut difficilement être respectée (magasins, transports publics, etc.) ; mais aussi au retard pris dans la fermeture préventive des sites de formation et de loisir ; sans parler des lieux de travail non indispensables, que les autorités fédérales s’entêtent à laisser ouverts.

    Au cours de ces 5 derniers jours, du 17 au 22 mars, le nombre de morts a crû de 281% en Suisse et de 280% en France, contre 177% en Espagne, 124% en Italie, 28% en Corée du Sud et 1% en Chine. Certes, l’épidémie n’en est pas au même stade dans ces différents pays, et les États jusqu’ici les plus épargnés, qui ont souvent tardé à prendre des mesures drastiques, tendent à rattraper le peloton de tête, avec des taux exceptionnellement élevés : 467% en Hollande, 320% en Allemagne, 316% au Royaume-Uni et 309% aux États-Unis.

    De façon plus générale, l’apparition de nouveaux virus inconnus ou mutants est liée à la déforestation, au développement de méga-élevages industriels et, potentiellement, au dégel du permafrost. Leur diffusion suit aussi les lignes de crêtes de la mondialisation capitaliste – la Chine, le Corée du Sud, le Japon, l’Europe Occidentale, les États-Unis –, par le biais de la circulation accélérée des marchandises et des personnes. Avec la multiplication des catastrophes climatiques, les nouvelles pandémies annoncent l’impasse d’un ordre économique et social mortifère.

    Plus immédiatement, les chaînes de production internationalisées, la réduction systématique des stocks (just in time) – ceux des masques chirurgicaux! –, et l’insuffisance structurelle des débouchés (compression des salaires, des dépenses publiques et des investissements) expliquent l’extrême vulnérabilité du système économique actuel. En dirigeant une part croissante des richesses vers la spéculation financière, il accentue encore sa fragilité, puisque lorsque les Bourse.pngboursicoteurs cèdent à la panique, comme aujourd’hui, ils assèchent brutalement le crédit de «l’économie réelle». Sur le plan social, les coupes budgétaires qui ont touché partout de plein fouet les systèmes de santé, montrent enfin leur totale inhumanité et irrationalité face à la déferlante de COVID-19.

    N’est-il pas grand temps de laisser «la sagesse des fous», des anticapitalistes, prendre le dessus sur «la folie des sages», des néolibéraux de tous poils, comme le souhaitait déjà Jean Jaurès, il y a plus d’un siècle ?

  • COVID-19 ET LA RÉCESSION QUI VIENT

    Epidemie.pngLa crise économique et financière internationale qui s’annonce, dont le déclenchement (et non les causes) est lié à la pandémie du Covid-19, est très différente de celle de 2008, qui avait été péniblement surmontée par le transfert d’une montagne de dettes aux collectivités publiques, faisant pour un temps l’économie d’une amputation douloureuse des capacités de production excédentaires.

    Elle met cette fois-ci en évidence la fragilité de l’appareil productif d’un capitalisme de plus en plus sénile. La généralisation de chaînes d’approvisionnement mondialisées à flux tendu misant sur une augmentation sans fin de l’exploitation du travail, génère aujourd’hui des contradictions explosives : l’anémie généralisée des investissements et de la demande (39% des Américains disent aujourd’hui ne pas pouvoir faire face à une dépense imprévue de 400$).

    L’effondrement boursier en cours est impressionnant : durant ce dernier mois, les cours du pétrole ont chuté de 55% (bonne nouvelle pour la Chine, moins bonne pour les USA, dont le fracking devient trop cher), les principaux indices boursiers (Dow Jones, Nikkei, Cac40, Dax, SMI, etc.) ont accusé des pertes moyennes de 30 à 35%, le marché obligataire a aussi été atteint, et même l’or, valeur refuge par excellence, a accusé le coup (-8% en dollars US). Et ce n’est qu’un début.

    Le ralentissement de la production industrielle, lié à la pénurie de produits intermédiaires, au recul de la demande et aux mesures sanitaires adoptées, même insuffisantes, entre en résonance avec la paralysie de nombreux autres secteurs frappés plus immédiatement par la pandémie – transport aériens, tourisme, restauration, services à la personne. La semaine prochaine, 3 millions d’Américains vont pointer au chômage, et le PIB du pays pourrait reculer, selon les estimations, de 15 à 30%, sur une base annuelle, durant les 3 prochains mois. Bien entendu, les effets économiques de la pandémie dépendent de sa durée. Or sur ce point, les experts chinois, qui ont pourtant réussi pour le moment à contenir l’épidémie, ne sont guère optimistes : ils ne pensent pas que la reprise d’une activité normale soit envisageable avant l’automne prochain.

    Or, cette réaction en chaîne intervient sur un terrain déjà profondément miné par une demande structurellement insuffisante en raison d’une compression de longue durée des salaires et des transferts sociaux. Dans ce contexte, l’arme monétaire (baisse des taux et rachats d’actifs peu liquides) a de moins en moins d’effets. Certains financiers sont ainsi passés du jour au lendemain de l’euphorie à la panique : le chef économiste du Mitsubishi Financial Group écrit ainsi à ses clients : « Vendez tant que vous le pouvez, avant qu'ils ne ferment toute l'économie américaine ». Nous sommes à la veille de « la plus rapide récession de l'histoire. Avec plus personne pour dépenser quoi que ce soit pour une longue période » (Washington Post, 21 mars 2020).

    En réalité, COVID-19 n’est que le révélateur de l'extraordinaire fragilité d'un capitalisme sénile aux ordres d'une finance parasitaire, qui n'a cessé d'affaiblir les fondements de « l'économie réelle », la demande et l'investissement. Ce navire qui prend l’eau de toutes parts n’est pas du tout adapté pour naviguer par gros temps !

  • La démocratie genevoise est-elle soluble dans l’argent trouble ?

    Unknown.jpegAu cours de cette dernière campagne électorale cantonale d’énormes financements pleuvent de partout sur un parti qui prône la défense des super-riches et leur volonté explicite d’évincer Ensemble à Gauche du parlement cantonal.

    En plénière du Grand Conseil, le 24 novembre dernier, en réponse à un projet de loi visant à supprimer une faveur fiscale aux multimillionnaires, le député Ronald Zacharias, aujourd’hui candidat de Genève en Marche au Conseil d’Etat, déclarait que ma proposition relevait de la maladie mentale, et qu’il disposait des fonds nécessaires pour me soigner en recourant au savoir faire du député chirurgien Philippe Morel, aujourd'hui candidat PLR…

    Or voilà qu’une candidate de Genève en Marche achèterait des bulletins de vote parmi les abstentionnistes et les vendrait à 50 francs, ce qui porterait le prix de 1% des suffrages à 50 000 francs, soit une toute petite fraction des moyens de Genève en Marche… En même temps, la responsable présumée de ce commerce de cartes de vote signées a été dénoncée à la police par son propre parti.

    À en croire la Tribune de Genève, elle aurait affirmé « avoir favorisé par le passé d’autres votations et élections »;  elle serait même « coutumière de la pratique avec d’autres partis gouvernementaux ». L’enquête déterminera si ce n’est que pure affabulation ou si elle a effectivement vendu des bulletins à d’autres partis, si oui, auxquels, et si cela a pu influencer d’autres votations ou élections.

    Dans tous les cas, il est grand temps de limiter fortement l’influence de l’argent sur les processus électoraux, comme le demande Ensemble à Gauche, qui vient de déposer un projet de loi dans ce sens, au risque de voir se développer une véritable mafia électorale à Genève. Cela vaut pour les campagnes comme pour la procédure de vote elle-même.

    Pour offrir les meilleures garanties contre l’achat ou le vol de matériel de vote par des partis ou candidats indélicats, il n’y a en effet qu’une solution citoyenne sérieuse : le retour du vote aux urnes. N’est-ce pas le seul moyen de redonner confiance aux électeurs-trices dans la correction des opérations électorales ?

  • RIE III : UN NON DE LA RAISON ET DE LA DIGNITÉ

    La 3e réforme de l’imposition des entreprises (RIE III) est une nouvelle mesure néolibérale: le 1% y gagnerait gros et les 99% y perdraient le lard du chat. Elle vise à réduire massivement la contribution des grandes sociétés privées (les PME n’y gagneraient rien) au financement des services publics et des prestations sociales. Tout comme la pression sur les salaires directs et le maintien de charges patronales très faibles (en comparaison internationale), la forte réduction de la taxation des bénéfices contribuerait à accroître la ponction du capital sur les nouvelles richesses créées, au détriment du travail. Et loin de profiter aux investissements et à l’emploi, cette ponction viendrait grossir les dividendes des gros actionnaires.

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  • RIE III : NOUS POUVONS GAGNER CONTRE LE LOBBY DE L’ARGENT

    La RIE III c’est un transfert de 5 milliards par an des collectivités publiques dans les poches des gros actionnaires des principales entreprises de ce pays. De quoi est-elle le nom ? De la plus violente offensive des milieux patronaux contre les services publics, contre les retraites, contre les assurances sociales, contre nous tous, depuis des décennies.

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  • SOCIETES A STATUT ET RIE III

    On ne cesse de nous menacer du départ des sociétés à statut fiscal spécial, qui ne paient que très peu d’impôts sur les bénéfices, si on les alignait sur les taux d’imposition des sociétés à statut ordinaire. En réalité, comme on va le voir, c'est de l'intox!

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  • LA RIE III FAVORISE LES GRANDES ENTREPRISES, PAS LES PME

    Non les PME ne vont pas y gagner aux dépens des multinationales... D'autre part, les retraités, les salariés, les chômeurs et les jeunes en formation y perdront en raison des restrictions que ce trou noir fiscal va provoquer dans les services publics et les prestations sociales. Sans parler de hausses d'impôts des personnes physiques qui menacent... pour compenser ce que ne paieront plus les plus grandes entreprises.

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  • Joyeux Noël à tous les multimillionnaires de Suisse!

    Selon, The Wealth Report (2015) de la société britannique Knight Frank, publié en mars dernier, la Suisse compterait 346 000 millionnaires et 6362 multimillionnaires (+images.jpegde 30 millions de francs), dont environ 830 résideraient à Genève et 700 à Zurich.

     

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  • Contre un nouveau projet d'austérité pour 2017

    Ce projet de budget 2017 a pourtant été accueilli par tous les partis gouvernementaux comme une « volonté de compromis », même si les socialistes ont émis quelques réserves, et que le PLR a voulu tout de même faire de la surenchère en réclamant des coupes supplémentaires, en particulier aux dépens du DIP.

    Mais en réalité, ce consensus en reflète un autre, beaucoup plus important, autour de la RIE III, que le Conseil d’Etat défend in corpore, de son élue PS à ses élus MCG, de son élu Vert à son élu MCG, parce que tous les partis ont les yeux rivés sur la RIE III. Les Verts et les socialistes la combattent avec EAG au niveau fédéral, et voteront NON le 12 février prochain.

    Pourtant, certains responsables de ces deux partis, comme les conseillers d’Etat Anne Emery-Torracinta et Antonio Hodgers, mais aussi les Conseiller administratifs de la Ville de Genève, Sandrine Salerno, Sami Kanaan et Esther Alder, ont déjà annoncé leur disposition à accepter le projet du Conseil d’Etat au nom de la « responsabilité gouvernementale », du « réalisme » et d’une bonne dose de résignation.

    Ce faisant, ils se privent de moyens de contester le rationnement de l’Etat social en échange d’une soi-disant « Paix du Budget », qui prend la forme d’un « Projet de Convention relatif aux modalités de mise en œuvre de la troisième réforme de l’imposition des entreprises (RIE III) », négocié en ce moment de façon très confidentielle par tous les partis gouvernementaux, comme le révélait récemment la Tribune de Genève, pour «  assurer un soutien le plus large possible à cette réforme au sein de la population genevoise ». De ce point de vue, le PB 2017 ne représente qu’ « un tour de chauffe ». Celle-ci devrait être ratifiée par les chefs de groupe et les présidents de partis.

    Mais que prévoit cette étrange « Paix du Budget » :

    • Le soutien sans réserve au projet du Conseil d’Etat, tel qu’il a été déposé et renvoyé à la Commission fiscale, avec le taux effectif de 13,49% (avec un plancher à 13% - sans compter les déductions sur la part fédérale) et les autres mesures fiscales.
    • Le soutien aux mesures d’accompagnement récurrentes et non récurrentes.
    • Le soutien aux mesures budgétaires, soit l’assouplissement provisoire du frein au déficit (plafonné à 350 millions et visant l’équilibre sur 5 ans) et de l’exigence d’équilibre budgétaire des communes ; le maintien de la taxe professionnelle communale.
    • La renonciation à tout PL, motion ou initiative populaire ayant une incidence sur la fiscalité ou les charges des entreprises.
    • Le soutien à un traitement accéléré de cet important train de loi par la Commission fiscale pour garantir leur adoption par le GC les 16-17 mars et leur soumission au vote populaire le 24 septembre (avec une procédure réglée comme sur du papier à musique pour l’adoption ultérieure des mesures d’accompagnement).
    • Un engagement politique formel des parties «  à soutenir tous les projets de loi et à faire campagne en faveur de l’ensemble de la réforme afin d’en assurer une mise en œuvre complète et cohérente ».

    De leur côté, le PLR et l’UDC sont certes convaincus qu’il faut aller encore plus vite vers la privatisation de certains services publics, vers la mise en cause des salaires et des retraites de l’Etat, vers la baisse des barèmes de l’aide sociale, vers la hausse des tarifs des TPG, vers le démantèlement de la LDTR, etc. Cependant, dans l’immédiat, ils ont tout intérêt à laisser le gouvernement manœuvrer « au centre », crédibilisant par là leurs critiques à un compromis « trop coûteux », pour préparer les conditions d’un durcissement de l’offensive après l’adoption souhaitée de la RIE III... avec ou sans la ratification d’une Convention de Paix budgétaire par les partis gouvernementaux.

    Pour le moment, les députés du PLR ont sagement décidé de renoncer à présenter leurs amendements budgétaires en plénière pour ne pas saboter ouvertement la Convention en cours de négociation entre partis gouvernementaux.

    La brutalité du PLR (qui dénonce la mollesse de ses magistrats « ex-radicaux ») n’est évidemment qu’un jeu de rôle qui le situe aujourd’hui un petit pied dans l’opposition. C’est une posture idéale pour préparer le lancement du second étage de la fusée, pendant que le consensus gouvernemental PS-Verts-PDC-PLR-MCG réunit la majorité nécessaire à la mise en route du premier étage au nom du moindre mal (Budget 2017 et RIE III).

    Si l’assurance d’un possible dérapage contrôlé dans les déficits peut permettre au gouvernement cantonal de gagner le soutien des socialistes à la RIE III, comme le laisse entendre Sandrine Salerno, le jeu en vaut la chandelle ! Ensuite seulement, la droite dure pourra lancer le deuxième étage de la fusée en invoquant l’explosion de la dette et le frémissement des taux d’intérêts pour porter une attaque plus frontale encore aux emplois, aux salaires et aux prestations du secteur public.

    C’est pourquoi EAG, qui défend les intérêts des usagers et des salariés des services publics, refuse d’entrer en matière sur un budget 2017 qui ne répond pas aux besoins essentiels de la population en termes de formation, de santé publique, d’action sociale, de transports collectifs et de logement. Comme l’a bien montré la brochure éditée par le « Comité de lutte des services publics » ce printemps – Quels moyens pour quelles prestations? –, les dégâts sont déjà considérables.

    Si l’Etat veut faire des économies, il peut en faire dans le domaine de la détention, parce que l’Etat pénitence ne doit pas se nourrir de l’érosion continue de l’Etat providence. C’est pourquoi nous proposerons un amendement au budget d’investissement pour renoncer à une tranche de 10,3 millions sur le crédit d’étude de la prison des Dardelles.

    Mais surtout, puisque le canton manque de ressources, commençons par refuser le formidable cadeau fiscal d’au moins 600 millions offert aux grandes entreprises genevoises en disant NON à la RIE III.

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  • LE PAQUET BERSET EST UN MARCHÉ DE DUPES

    POUR UNE PRÉVOYANCE VIEILLESSE SUFFISANTE, SOLIDAIRE ET SÛRE :
    FUSION DE L’AVS ET DU DEUXIÈME PILIER

    Le deuxième pilier est en crise depuis 2003

    1. Ses rentes sont en constante diminution : avec la série de mesures prises depuis 2003 (baisses du taux minimum de rendement et du taux de conversion), un actif de 40 ans à cette date a déjà vu sa future rente réduite de 31% à l’horizon 2028. En tenant compte en plus de la suppression totale ou partielle de l’indexation des rentes, de la diminution du taux technique appliqué par les caisses et de l’annonce de la nouvelle baisse du taux de conversion (Paquet Berset), cette diminution devrait être de l’ordre de 50%.

    2. Leur montant est aléatoire : 94% des salarié·e·s du privé connaissent le régime de la « primauté des cotisations ». Cela signifie que leurs cotisations servent à accumuler un capital qui détermine leur future retraite. Ce qu’ils toucheront dépend des aléas de la bourse, dont ils doivent assumer les risques. 

    3. Leur indexation est partielle, voire inexistante : la capitalisation intégrale, sujette aux fluctuations des marchés financiers, ne garantit pas l’indexation, alors que les système de retraite par répartition le permettent dans la mesure où les salaires réels ne diminuent pas. 

    4. Leur distribution pénalise fortement les femmes : leur rente moyenne – pour celles qui y ont accès – est de la moitié de celle des hommes.

    La hausse de l’espérance de vie a bon dos

    Ces dégradations de la prévoyance vieillesse, y compris le projet d’augmenter l’âge de la retraite des femmes, sont basées sur une mystification : les actifs·ves ne pourraient plus supporter la charge de retraités parce qu’ils vivent de plus en plus longtemps. 

    Pourtant, si l’espérance de vie des retraité·e·s croît bien chaque année de 0,5%, celle des richesses créées a augmenté en moyenne de 2% durant ces dix dernières années. En d’autres termes, on a produit chaque année 4 fois plus de richesses que ce qui aurait été nécessaire pour compenser l’augmentation de l’espérance de vie. Mais la répartition de ces richesses a été de plus en plus inégalitaire.

    6a00d83451935369e2017d3ce5b487970c.jpgL’AVS est-elle aussi menacée ?

    Historiquement, l’AVS a été plébiscitée par le peuple : objectif phare de la grève générale de 1918, elle a été adoptée par 80% des suffrages en 1947, avec une participation au vote de 80% ! Elle a même fait tomber le taux de suicide de l’ensemble de la population de 20% en 3 ans, de 1947 à 1950, essentiellement à cause de l’effondrement de ce taux parmi les personnes âgées.

    Son prélèvement sur le PIB a toujours été de l’ordre de 7% depuis une cinquantaine d’années, malgré le plus que doublement du nombre de pensionnés et l’élévation substantielle de leur espérance de vie.

    Les rentes ont pu être adaptées régulièrement en tenant compte à la fois de la hausse des salaires et de celle des prix (indice mixte), c’est-à-dire qu’elles ont crû plus vite que la hausse seule du coût de la vie.

    Les comptes de l’AVS sont globalement sains, malgré une successions de prévisions alarmistes : en 1997, le Conseil fédéral annonçait un déficit de 15 milliards de francs à l’horizon 2010, alors qu’elle a dégager un excédent à cette date ! Aujourd’hui, pour faire passer son paquet, Alain Berset prévoit un déficit de 9 milliards à l’horizon 2030… Faut-il le croire ?

    En 2014, les dépenses de l’AVS auraient dépassé le montant des cotisations de 320 millions, ce qui est déjà arrivé par le passé. Cette même année, les 28 milliards de réserve de l’AVS ont cependant rapporté 1,7 milliard... ce qui signifie que sa fortune a encore augmenté de 1,4 milliard… Cela n’a pas empêché la presse de relayer les propos alarmistes des autorités.

    Enfin, si la croissance du PIB ne permettait plus à l’avenir de répondre à la fois à l’élévation de l’espérance de vie et à la dégradation du ratio entre actifs·ves et retraité·e·s, il serait encore possible d’augmenter d’une fraction de pourcent le taux de cotisation (0,15% de prélèvement supplémentaire sur les salaires et sur la part patronale fait rentrer 1 milliard de plus dans les caisses de l’AVS… et il n’y a pas eu de hausse de ce taux depuis 1975 !).

    Le paquet Berset est un marché de dupes

    L’élévation de l’âge de la retraite des femmes (refusée massivement en 2004) en est la mesure phare ; elle a encore été accélérée par la commission du Conseil des Etats (en 4 ans au lieu de 6). Outre qu’elle fait payer une partie importante de la facture (1,1 milliard de francs) aux seules femmes, elle prépare à plus long terme l’élévation de l’âge de la retraite pour tous.

    La seconde mesure (dont une version deux fois moins brutale avait été rejetée en 2010) est la réduction du taux de conversion de 6,8% à 6%, qui représente une nouvelle baisse massive, de près de 12%, de nos rentes du deuxième pilier.

    La troisième mesure clé est l’élévation de 1% de la TVA, proposée par la commission du Conseil des Etats. 

    Les compensations prévues, qui visent à faire passer ce marché de dupes pour un compromis, sont en réalité  minimes : il s’agit essentiellement de la hausse de 70 francs des rentes AVS (3% de la rente maximale) ; de l’élévation de la rente de couple à 155%, au lieu de 150%, de la rente d’une personne seule ; de l’abaissement du seuil d’accès au 2e pilier, de 21'150 à 14'040 francs.  

    C’est le système qu’il faut changer en fusionnant l’AVS et le 2e pilier

    Un système qui ne cesse d’amputer le montant des retraites, qui individualise les risques et qui ne garantit pas l’indexation des rentes doit être changé. 

    La solution que nous proposons repose sur la fusion de l’AVS et du deuxième pilier qui permettrait:

    1. D’améliorer le montant moyen des rentes tout en garantissant les avantages acquis.

    2. De garantir des rentes minimales de 3’500 francs par mois (avec un maximum 2,5 à 3 fois supérieur). Entre ces deux limites, les rentes représenteraient 80% du dernier salaire.

    3. D’indexer les rentes au coût de la vie et à la progression des salaires.

    4. De ne pas jouer le sort des retraités à la bourse. Pour l’essentiel, le financement des pensions serait assuré par les cotisations paritaires des actifs·ves. Le rendement des capitaux du fonds de réserve (capitaux actuels du deuxième pilier) ne jouerait qu’un rôle subsidiaire.

    5. De garantir l’égalité de traitement, non seulement des retraité·e·s, mais aussi des actifs·ves avec une répartition des cotisations de 2/3 pour les employeurs et de 1/3 pour les salarié·e·s (elle est actuellement de l’ordre de 60% / 40%).

    6. De conserver un mode de gestion souple et décentralisé, dont le caractère démocratique ne se réduirait plus à appliquer des décisions impopulaires prises par le Conseil Fédéral et les Chambres.

    Ces objectifs sont manifestement souhaitables. Elles sont aussi du domaine du possible sur le plan financier, tout simplement parce que la répartition coûte beaucoup moins cher, qu’elle est moins risquée et qu’elle est socialement plus juste. 

  • CRISE DES RÉFUGIÉS: COMPRENDRE POUR AGIR

    La mobilisation populaire en appui aux centaines de milliers de personnes d’origine syrienne, afghane, érythréenne, etc. qui cherchent aujourd’hui asile au sein de la forteresse Europe, met pour un temps l’extrême droite en difficulté, en particulier en Allemagne. C’est une bonne nouvelle… Après les luttes du refuge de Saint-Laurent et de No Bunkers dans l’Arc lémanique, mais aussi les récentes manifestations de Zurich (5 sept.), de Genève (12 sept.), et de Lausanne (15 sept.), nous devons nous efforcer d’étendre et d’intensifier notre solidarité active en Suisse.

    L’amplification d’un tel élan de sympathie nécessite une meilleure compréhension des causes profondes de cet exode. D’abord, bien sûr, la formidable croissance des inégalités à l’échelle planétaire : 85 multimilliardaires possèdent aujourd’hui autant de richesses que la moitié la plus pauvre de l’humanité. Une réalité monstrueuse qui repose sur l’expropriation et l’exploitation de centaines de millions de petits producteurs, sur la domination brutale de régimes néolibéraux mafieux, comme celui de Bachar al-Assad en Syrie, sur la généralisation de la violence et de la guerre… Or ce système porte un nom : le capitalisme.

    Autant que les bombardements occidentaux, ce sont les ravages du néolibéralisme qui ont précipité des dizaines de millions d’êtres humains dans une misère effroyable, tandis que les pétromonarchies et les régimes issus du nationalisme arabe se transformaient en mafias sans scrupules. Ne nous laissons pas berner par leurs allégeances internationales changeantes, les hommes au pouvoir à Damas, au Caire ou à Ryad sont faits de la même étoffe, trempée de la sueur de leur peuple et rouge de son sang. Ils sont à l’image du capitalisme périphérique qui, mieux qu’au centre, révèle sa véritable vocation : soumettre la société à la soif d’accumulation de quelques uns.

    La vague actuelle de réfugié·e·s est aussi l’expression du reflux des processus révolutionnaires initiés il y a cinq ans dans la région arabe. Le gouvernement ultra-libéral d’Essebsi en Tunisie en tire parti pour remettre en scelle les profiteurs de l’ère Ben Ali, tandis que la main de fer de Sissi en Egypte s’efforce de redonner confiance aux nantis, et que le régime assassin de Bachar al-Assad tente de poursuivre l’accaparement des richesses au bénéfice de son clan. Contre ces gouvernements des 1%, notre solidarité va aux 99% qui luttent pour la démocratie et la justice sociale, dont les aspirations ne pourront déboucher que sur de nouveaux soulèvements.

    Le déclencheur de l’exode européen d’une petite partie des réfugié·e·s syriens, c’est la baisse du montant des aides versées par le Programme alimentaire mondial (PAM) à plus d’un tiers de ceux-ci. Ils ne reçoivent plus même un demi dollar par jour, ce qui ne leur garantit plus une ration alimentaire de survie. « Nous devons aider les gens où ils se trouvent, sinon ils vont se déplacer », avertissait un porte-parole régional de cette agence onusienne dans le courant de l’été. Or, en juillet, le PAM, qui dépend de subventions aléatoires des Etats, des grandes compagnies et de la charité individuelle, signalait qu’il n’avait pas réussi à provisionner le quart de ses besoins pour l’année 2015...

    L’extension de la solidarité en Europe et en Suisse ne doit pas justifier une politique d’austérité plus stricte à l’égard des populations résidentes les plus fragiles, comme le préconise aujourd’hui le gouvernement allemand. Elle exige que nous relancions la lutte pour une régulation du marché du travail et un renforcement des protections sociales afin d’empêcher l’utilisation des nouveaux arrivant·e·s comme un sous-prolétariat taillable et corvéable à merci. Dans ce sens, la mobilisation humanitaire en faveur de l’ouverture des frontières et de l’accueil d’un plus grand nombre de réfugié·e·s ne peut être séparée de celles contre le dumping salarial et la réduction des prestations sociales, sauf à donner raison à ceux qui ne cessent d’opposer « la misère de chez nous » à « la misère du monde ».

    Capture d’écran 2015-09-13 à 23.27.51.pngDans les semaines à venir, en Suisse, nous devons exiger l’accueil d’un nombre plus important de réfugié·e·s dans des conditions décentes ; le rétablissement de la procédure d’asile dans les ambassades ; l’arrêt des renvois Dublin dans le premier pays « d’accueil » ; la fin de l’internement administratif ; le droit au travail des requérant·e·s aux conditions usuelles ; le renforcement des dispositions légales et conventionnelles sur les salaires et les conditions de travail afin d’éviter que le patronat n’utilise l’immigration la plus précaire comme facteur de sous-enchère. En d’autres termes, la lutte pour l’accueil des réfugiés est inséparable de celle pour les droits fondamentaux et la justice sociale qui concerne l’écrasante majorité de la population.

  • Assurer les soins dentaires : quand santé rime avec justice sociale

     

    iu.jpegUn an après celle du canton de Vaud, une initiative vient d’aboutir à Neuchâtel, portée notamment par le mouvement politique solidaritéS et le Parti ouvrier et populaire (POP), pour la mise en place d’une assurance publique des soins dentaires au plan cantonal. Elle prévoit des primes proportionnelles aux revenus. Des projets analogues sont en préparation au Tessin, en Valais, à Zurich et à Genève, où Ensemble à gauche va déposer prochainement un projet de loi dans ce sens au Grand Conseil.

    Un groupe de chercheurs l’a écrit noir sur blanc : la santé bucco-dentaire est un révélateur des inégalités sociales en Suisse. C’est ainsi que 60% des caries diagnostiquées chez les enfants le sont dans 20% des familles les plus défavorisées (Revue Médicale Suisse, 2009). Or, les affections dentaires non traitées sont un facteur important de dégradation de la santé publique, provoquant de multiples infections, des maladies cardiaques et même des cancers, comme le reconnaissait le député et médecin Pierre Conne (PLR), que l’on ne pourra pas soupçonner d’exagérer le problème (Mémorial du Grand Conseil, 29 nov. 2013).

    En Suisse, la totalité des soins bucco-dentaires représente une facture de plus de 4 milliards de francs, soit l’équivalent de la moitié du budget du canton de Genève, dont près de 90% sont à la charge des patients, l’Etat, les assurances sociales et les assurances privées ne couvrant qu’à peine plus de 10% de ces dépenses. C’est pourquoi, selon une étude de 2012, un habitant de Genève sur sept renonce à des soins pour des raisons financières, et dans les trois-quarts des cas, à des traitements dentaires…

    Les assurances privées exigent des primes élevées, prohibitives pour les petits revenus, et plafonnent généralement le remboursement des soins à 1000 à 2000 francs par an, alors qu’une assurance publique financée sur le modèle de l’AVS, pourrait tout à la fois renforcer la prévention et prendre en charge le remboursement des soins moyennant un prélèvement de 0,3 à 0,5% sur les salaires. Voilà une réponse à un sérieux problème de santé public, ceci d’autant plus que ces projets cantonaux pourraient servir de banc d’essai à une assurance fédérale, comme l’avait été l’assurance maternité genevoise, et relancer la mobilisation pour une caisse maladie unique avec des primes proportionnelles aux revenus.