25/05/2011

« Démocratie réelle tout de suite ! »

Aujourd'hui, à de rares exceptions près, c’est toujours le parti au pouvoir qui perd les élections en Europe : la CDU d’Angela Merkel en a fait la cuisante expérience en mars dernier, comme le PSOE de José Luis Zapatero tout récemment. Que ce soit les conservateurs ou les socialistes, ils appliquent en effet les mêmes politiques d’austérité qui visent à faire payer le sauvetage des banques à coup de dizaines de milliards par l’ensemble de la population (salariés, chômeurs, jeunes en formation, retraités, etc.). A défaut d’alternative, on parle d’alternance… Mais de qui se moque-t-on ?


Puerta del sol.jpgDepuis le 15 mai, un vent nouveau souffle d’Espagne. La grève générale du 29 septembre dernier contre la réforme des retraites n’avait pratiquement rien obtenu : les cotisants actuels de 40 à 45 peuvent ainsi s’attendre à recevoir une pension de 20% inférieure à celle d’aujourd’hui. C’est pourquoi, pour répondre à la politique de démontage social du PSOE (socialiste) et du PP (conservateur) et réagir à la résignation des syndicats majoritaires, de larges secteurs de la jeunesse ont imaginé de nouvelles formes d’action, inspirées des révolutions d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.

Contre les deux partis du pouvoir

En mars, un appel de précaires avait réussi à faire descendre un quart de million de jeunes Portugais dans les rues de Lisbonne pour défendre leur dignité. Les Espagnols y ont été sensibles, puisque le taux de chômage atteint ici 20% (40,5% pour les moins de 25 ans, dont le revenu ne dépasse guère 600 euros par mois). Le collectif « Jeunes sans avenir » a ainsi vu le jour. Avec le regroupement « Démocratie réelle, tout de suite ! », il vient de rassembler près de 25 000 personnes à Madrid le 15 mai.

Pour répondre à l’arrestation de 14 d’entre eux, les manifestants de la Puerta del Sol ont alors organisé un campement avec un succès immédiat, soutenu par des manifestations quotidiennes, tous les soirs à 20h., imitées par une centaine de villes. Le rassemblement de vendredi dernier, veille des élections, avait été interdit par les autorités (Junta electoral). Pourtant, le Ministre de l’intérieur a décidé de renoncer à disperser les 30 000 personnes rassemblées au centre de Madrid. Des manifestations de solidarité ont aussi été organisées dans 538 villes du monde, dont Genève.

Les campements de Madrid et de Barcelone ont décidé de se maintenir une semaine de plus. Et voilà ce que dit le Manifeste espagnol de « Démocratie réelle, tout de suite ! ». Un exemple qui pourrait donner des idées à d’autres pays :

Des personnes comme toi qui se lèvent le matin

« Nous sommes comme toi: des personnes qui se lèvent le matin pour étudier, pour travailler ou pour chercher du travail; des personnes qui ont une famille et des amis. Des personnes qui travaillent dur, tous les jours, pour vivre et assurer un avenir meilleur à ceux qui les entourent. (…) Nous sommes préoccupés et indignés par la situation politique, économique et sociale que nous voyons autour de nous. (…) Par le manque de défense des citoyens ordinaires.

Cette situation nous fait un tort à tous. Mais si tous nous nous unissons, nous pouvons la changer. C’est le moment de nous mettre en mouvement pour construire tous ensemble une société meilleure. Nous défendons fermement les options suivantes :

Instaurer l’égalité, le progrès, la solidarité, le libre accès à la culture, la «durabilité» écologique et le développement, le bien-être et le bonheur. Assurer nos droits fondamentaux : logement, travail, culture, soins de santé, éducation, participation politique, libre développement de la personne, consommation permettant une vie saine et heureuse ; (…) Promouvoir une démocratie issue du peuple. (…) La majorité de la classe politique ne nous écoute pas. Ses fonctions devraient être de porter notre parole dans les institutions, facilitant la participation citoyenne à travers des canaux directe et d’assurer le mieux-être de la société (…)

Des anonymes qui font bouger le monde

L’avidité et l’accumulation du pouvoir dans les mains d’un nombre restreint engendre l’inégalité, la crispation, l’injustice, ce qui conduit à la violence que nous rejetons. (…) La volonté et le but du système sont l’accumulation d’argent, lui donnant la priorité sur l’efficience et le bien-être de la société. Pillant les ressources, détruisant la planète, provoquant le chômage et des consommateurs malheureux. (…)

Nous sommes des anonymes, mais sans nous rien n’existerait, car nous faisons bouger le monde. (…) Une révolution éthique est nécessaire. Nous avons placé l’argent au-dessus de l’être humain et nous devons le mettre à notre service. Nous sommes des personnes et non des produits pour le marché.

 

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