15/06/2011

L'injustice sociale fait tache d'huile

Selon une récente étude du syndicat UNIA, les bénéfices déclarés des 41 principales entreprises de Suisse ont crû de 75% en 2010 pour atteindre le chiffre record de 84 milliards de francs. Sans surprise, c’est le secteur des banques et des assurances qui réalise les meilleures affaires. En revanche, les bas salaires n’ont augmenté que de 20 francs par mois en termes réels… et les écarts salariaux se sont creusés.


747691-253x300.gifQue faut-il penser d’une « augmentation » de 20 francs par mois, pour des salariés modestes qui doivent faire face à la hausse rapide de charges incompressibles comme les primes d’assurance maladie ou les loyers ? Ils (et surtout elles) subissent en réalité une baisse de revenu difficile à supporter.

Le conflit en cours, qui oppose les salariés des cinémas Pathé à leur direction illustre aussi la dégradation des conditions de travail dans les secteurs les plus défavorisés. Pour la grande majorité des employés, le salaire horaire brut y est à peine supérieur à 17 francs l’heure, sans indemnité pour le travail de nuit. De surcroît, ils sont soumis à une surveillance vidéo constante et font l’objet de brimades répétées.

Dans le commerce de détail aussi, où les conditions de travail, les salaires et les horaires sont parmi les plus défavorables, les associations patronales du canton de Genève ont décidé de refuser de signer un nouveau contrat collectif avec les syndicats. Il s’agit en réalité clairement d’une mesure de représailles suite au refus de l’extension des horaires d’ouverture des magasins par le corps électoral genevois.

Au Conseil National, une majorité emmenée par les libéraux-radicaux et l’UDC a même récemment adopté une motion visant à supprimer les modestes protections prévues par la Loi sur le travail pour le personnel de la vente, qui pourrait ainsi être obligé d’accepter n’importe quel horaire et de travailler tous les dimanches.

Dans le secteur public aussi, la pression sur les salaires et la compression des effectifs a plus que dépassé le seuil du supportable, en particulier dans le secteur de la santé et des soins. Ainsi a-t-il fallu quatre mois de grève pour que le personnel de l'EMS de Vessy soit enfin entendu par sa direction et qu'elle accepte d'engager des négociations sérieuses.

Dans un tel contexte, l’action syndicale ne peut pas se passer de la mobilisation des salariés intéressés sur les lieux de travail, de la solidarité active des autres salariés et de l’opinion publique, mais aussi du renforcement des protections légales (salaire minimum, conventions collectives étendues, protection contre les licenciements, contrôles syndicaux et étatiques dans les entreprises, etc.).

Sans cela, la souffrance au travail, la précarité et la pauvreté d’une partie croissante de la population va faire tache d’huile. Et en même temps, un nombre restreint de privilégiés continueront à s’enrichir avec l’appui de l’Etat, qui leur accorde toujours plus de privilèges fiscaux, tandis qu'il les laisse exercer une autorité sans frein sur leurs employés.

 

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