21/06/2011

Sortir du nucléaire et des fossiles en défendant la justice sociale

Le 6 juin dernier, la chancelière Angela Merkel annonçait la décision de son gouvernement d’abandonner le nucléaire dans un délai de onze ans. La sortie des énergies fossiles est planifiée à des rythmes plus lents : d’ici 2050, 80% de l’électricité pourrait être produite à partir de renouvelables (35% d’ici 2020, 50% d’ici 2030). En y regardant de plus près, le concept adopté vise à renforcer la compétitivité des entreprises d’Outre-Rhin et à maintenir l’emprise des plus grands groupes sur la production, le transport et la distribution de l’électricité.

Pour ce qui est de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, la cible annoncée reste très en-dessous des objectifs du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). De surcroît, ce programme devrait être financé essentiellement par les particuliers, si bien que son caractère nettement antisocial ne pourrait que susciter d’énormes résistances. Il vaut donc la peine de réfléchir à une alternative énergétique d’ensemble, pour sortir du nucléaire et des fossiles, qui défende conjointement le climat et la justice sociale.


system.jpgOui à la sortie du nucléaire et des combustibles fossiles

En Allemagne, sur les dix-sept réacteurs existants, huit sont actuellement en révision et ne devraient plus redémarrer, six autres seront arrêtés avant 2021, et les trois derniers, fermés avant 2022. Dans la période transitoire, le pays fera certes appel à de nouvelles centrales à gaz. Mais, en principe, sa consommation n'augmentera pas, en raison des progrès de l’isolation thermique des bâtiments. A partir de 2020, le chauffage des nouvelles constructions devrait être alimenté par des énergies renouvelables (biomasse, solaire thermique, pompes à chaleur, etc.), tandis que l’Etat encouragerait la rénovation des bâtiments existants au moyen de crédits préférentiels aux propriétaires. L’Allemagne pourrait ainsi se passer de l’exploitation des gaz de schistes, voire de la capture et du stockage du carbone, qui suscitent de vives oppositions au sein de la population.

Pour la production d’électricité, le vent deviendrait progressivement la première source d’énergie, grâce à d’énormes centrales éoliennes, principalement offshore, mais aussi terrestres. Cette option serait complétée par d’importants investissements visant à améliorer le transport du courant, à développer les réseaux intelligents (permettant aux consommateurs de moduler leurs dépenses énergétiques), et à éliminer une grande partie des gaspillages actuels (nouvelle conception des machines et appareils). A terme, l’Allemagne pourrait aussi devenir un importateur net de courant, sans doute moins cher, produit dans d’autres pays européens.

Taxer le public pour renforcer le monopole privé ?

Une chose est sûre: cette reconversion sera financée essentiellement par les ménages, en particulier par une taxe sur leur consommation électrique – elle est déjà de 3,5 centimes d’euro par kWh (10 euros par mois pour un foyer moyen) – et par les revenus attendus du marché européen du carbone. Les entreprises sont d’ores et déjà dispensées de cette taxe et devraient le rester à l’avenir : « C'est très important pour le gouvernement allemand, déclare Patrick Graichen, responsable de la division ‘protection du climat’ du Ministère allemand de l’environnement, de ne pas trop ponctionner notre industrie » (Mediapart, 4 juin 2011). Dont acte.

Certes, ce programme n’est pour le moment qu’une feuille de route. Mais il ne laisse aucun doute sur la décision des autorités allemandes d’abandonner le nucléaire. Il marque aussi leur volonté de sortir des énergies fossiles, même si le rythme prévu – pour autant que le calendrier annoncé soit respecté – reste encore beaucoup trop lent pour permettre une réduction des émissions de gaz à effet de serre conforme aux exigences du GIEC. En même temps, la stratégie adoptée vise à garantir la position de monopole des grands consortiums électriques privés en développant un mode de production, de transport et de distribution hautement capitalisé et centralisé.

Une alternative à contre-courant

Au lieu de cela, le réseau écologiste Gegenstrom (contre-courant) de Berlin propose d’organiser la transition énergétique en misant certes sur les renouvelables, mais en privilégiant la propriété municipale ou coopérative, la décentralisation et les prises de décision démocratiques. En effet, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre au rythme et dans les proportions recommandées par le GIEC, il va falloir rompre avec la monopolisation de la propriété et des décisions dans le secteur énergétique. C’est pourquoi, l’immense centrale photo-électrique Désertec (dans le Sahara), projetée par les grandes sociétés européennes de l’électricité, ou les forêts d’éoliennes offshore de la mer du Nord, ne représentent pas une solution d’avenir.

Pour parvenir à convaincre une majorité des populations de la nécessité d’une alternative globale, qui impliquera une consommation finale fortement réduite, il faut au contraire traiter l’ensemble du secteur énergétique comme un bien commun, géré démocratiquement, au plus près des producteurs et des consommateurs, de façon décentralisée, à l’échelon municipal, notamment. L’éolien, le solaire, la biomasse, les pompes à chaleur, etc. s’y prêtent particulièrement bien. Dans le même sens, une politique tarifaire socialement juste pourrait garantir immédiatement la gratuité du bon usage (modéré) de l’énergie, en même temps que la majoration progressive du prix de son mauvais usage (consommation abusive).

La révolution énergétique indispensable au maintien de conditions de vie acceptables pour les générations futures est en effet inséparable d’un projet social qui rompe avec la concentration de plus en plus extrême de la richesse et du pouvoir au détriment de la grande majorité d’entre nous. Elle suppose certes une décroissance volontaire de la ponction des sociétés humaines (en particulier du Nord) sur un environnement naturel fini. Pourtant, celle-ci devrait être plus que compensée, en termes de bien être, par une emprise individuelle et collective croissante (démocratique) sur l'allocation de ces ressources, de même que sur le choix des modes de vie qui en dépendent.

Les commentaires sont fermés.