09/08/2011

Plus facile d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme ?

Au moment où la crise financière du capitalisme atteint des proportions effrayantes, menaçant de précipiter le monde dans une dépression sans issue, les gouvernements paraissent largement démunis en raison d’un niveau d’endettement colossal et de taux d’intérêt pratiquement nuls, qu’il paraît impossible de réduire encore. Pour sortir de l’impasse, nous ne pouvons plus nous contenter d’expédients : il faut avoir l’audace de penser un changement de civilisation.



Le spectre des années trente

En effet, l’impasse actuelle du capitalisme n’est pas un accident de parcours. Elle repose sur une contradiction insoluble : les revenus globalement disponibles pour satisfaire les besoins du plus grand nombre sont largement inférieurs aux capacités de production de l’économie mondiale. Et, cet écart croissant résulte directement de la progression des inégalités sociales, qui se traduit par une consommation anémiée des couches populaires et une faible incitation à investir dans l’économie réelle.

 

D’où le recours chronique à l’endettement, qui a atteint partout la cote d’alerte, même pour la plus puissante économie du monde. Dans une conjoncture globalement mauvaise, qui fait douter des possibilités de plusieurs Etats de servir les intérêts de leurs dettes, sans parler de les rembourser intégralement, la question du défaut se pose ainsi de plus en plus sérieusement.

C’est pourquoi les agences de notation révisent constamment à la baisse la crédibilité des dettes souveraines, les Etats-Unis venant de perdre le triple A de Standard & Poor’s. Il n’y a plus aujourd’hui que treize pays à disposer de la plus haute évaluation des trois principales agences de notation, et certains d’entre eux, comme la France et l’Angleterre, paraissent à terme menacés.

Cette crise n’est pas seulement une récession comme tant d’autres. Elle marque le seuil d’une nouvelle période, où le spectre de la crise des années trente est de plus en plus évoqué. Le défaut de paiement de l’Espagne ou de l’Italie, voire l’explosion de la bulle immobilière chinoise, auraient aujourd’hui des conséquences imprévisibles, plus graves encore que la faillite de Lehman Brothers qui a provoqué la panique financière de l’automne 2008.

Croissance pour quoi, jusqu’où ?

De surcroît, le danger imminent d’une Grande Dépression coïncide avec une crise sans précédent du modèle de croissance issu de la révolution industrielle, qui a connu une son apogée dans les décennies d’après-guerre. Fondé sur une augmentation sans fin de la consommation de matières premières et d’énergies fossiles, il menace aujourd’hui la planète de pénuries graves et de perturbations climatiques majeures.

Enfin, l’ordre politique international paraît de plus en plus instable et marqué par la tendance irrépressible des Etats les plus puissants à manifester leur suprématie par le déclanchement du « feu du ciel », provoquant ruines, destructions et exodes de populations au sol, dans des conditions toujours plus inhumaines. Les milliers de noyés africains qui ont tenté de fuir la Libye sur des embarcations de fortunes depuis quelques mois ne sont plus là pour en témoigner.

Nous devons renoncer à un modèle économique et social fondé sur l’expansion permanente de la production et de la consommation matérielles. Sinon, le 21e siècle risque bien d’être un siècle de catastrophes climatiques et de guerres pour les ressources de plus en plus meurtrières. Mais une telle mutation n’est pas possible sans un changement de civilisation. Elle n’est pas compatible avec le maintien du capitalisme.

Sortir de ce système implique la poursuite de la réflexion, la multiplication des expériences et l’approfondissement du débat dans un cadre collectif et international… Cela prendra des années, c’est certain. Pendant ce temps, il est de notre responsabilité de garder ouvert le plus large espace politique, à la gauche de la social-démocratie et des verts, fondé d’abord sur l’organisation d’une résistance large face à la régression sociale et écologique en cours.

En sortir, mais comment ?

Dans cette période, la gauche combative doit rejeter absolument deux écueils. D’abord les postures de prophète, la logorrhée verbale, le repli sectaire et les logiques de chapelle (nous sommes les seuls à avoir raison). Ensuite, les illusions dans l’aménagement possible d’un capitalisme rose ou vert, qui conduit aujourd’hui la social-démocratie et les verts à accepter tous les plans d’ajustement structurels en Europe, et à plaider pour un « développement durable » aux frais des salariés, des usagers, des contribuables et des consommateurs.

Le philosophe US Fredric Jameson a résumé un jour le drame de notre époque par cette formule lapidaire : « Il est plus facile de penser la fin du monde que la fin du capitalisme ». En d’autres termes, la crise de la gauche est largement liée à la crise de sa pensée « utopique », qui déteint sur le pessimisme ambiant. C’est sur ce terrain que le religieux fait irruption dans le politique : à défaut de penser le paradis sur cette terre, il le promet au moins au ciel…

Il est donc grand temps de construire aujourd’hui, dans la résistance à la démolition des régulations sociales et écologiques existantes, l’horizon d’une nouvelle civilisation, fondée sur la production de biens et de services utiles pour le plus grand nombre, décidée démocratiquement, visant à la réduction des inégalités sociales et des déséquilibres environnementaux à long terme.

Commentaires

Je ne sais plus qui a dit que chacun devait commencer par soi-même. Travailler certainement dur, mais savoir la différence entre une saine ambition professionnelle et le carriérisme, entre le gain honnête et la rapine, entre travailler et bosser, entre la satisfation de posséder une belle chose et le désir d'en foutre plein la vue à son entourage, entre autre.
Se rendre compte que notre société repose sur un gaspillage effréné et refuser de jouer ce sale petit jeu.
Avoir le cran d'imposer son point de vue même contre plus fort que soi, lorsque l'on a raison et que l'on peut le prouver.
Se rendre compte que les grosses têtes qui mènent la barque de l'Europe et du monde ne peuvent le faire qu'en profitant de la passivitö ou de la lâchetö de leurs ölecteurs.
Les désastres d'Irak et d'Afghanistan et de Lybie, entre autres, pourraient-ils avoir lieu si un million d'Américains se seraient retrouvés entre le Capitole et la Maison Blanche à demander une explication ?
Si l'on appliquait à la lettre les principes énoncés à l'occasion des Procès de Nuremberg et de Tokio, il est parfaitement certain que la plupart des Présidents Amis devraient être pendus haut et court, avec la plus grande partie de leur entourage et leurs complices en Europe et ailleurs.
Par conséquent, un citoyen conscient de ces problèmes n'avale plus la propagande de la grande presse, mais s'informe de différentes sources et recoupe ces informations pour arriver à la vérité. Et réagit en conséquence devant les conneries et les abus de l'autorité. De cette manière, le problème actuel se rapproche d'une solution.

Écrit par : J.C. Simonin | 09/08/2011

Vous écrivez "capitalisme" juste pour être du bon côté de la barrière. Mais vous devriez écrire "matérialisme", et vous comprendriez que c'est tout le modèle de la modernité occidentale qui est en train de s'effondrer. Le socialisme est tout aussi matérialiste que le capitalisme. C'est pour cela qu'il n'offre aucune réponse que le capitalisme n'ait pas lui aussi.

Écrit par : Michael Kohlhaas | 09/08/2011

Pas sur que le fait de vouloir sortir du capitalisme me place "du bon côté de la barrière". Des intérêts extrêmement puissants s'y opposent et les forces nécessaires à développer et à faire avancer une alternative d'ensemble ne seront pas faciles à réunir. Comment réduire les inégalités monstrueuses qui se sont développées à l'échelle planétaire? Comment sortir du consumérisme "occidental" qui compense un peu les misères d'une vie frustrante?
En revanche, je suis d'accord avec vous que le socialisme du 20e siècle, celui de l'URSS, de la Chine, mais aussi de l'écrasante majorité des partis sociaux-démocrates et communistes de ces dernières décennies, n'a fait que reprendre le credo productiviste du capitalisme (peut-être ce que vous appelez le matérialisme).
Mais lisez par exemple William Morris, vous verrez qu'un marxiste de la fin du 19e siècle défendait déjà un écosocialisme avant la lettre. En voici la référence sur le net:
http://www.solidarites.ch/journal/emancipations/140.pdf
Vous pouvez aussi vous référer au petit livre plus actuel de Michael Löwy: Ecosocialisme. L'alternative radicale à la catastrophe écologique capitaliste, Paris, Mille et une nuits, 2011.

Écrit par : Jean Batou | 09/08/2011

Si, si, vous essayez d'être du bon côté de la barrière. Tous ceux qui se mêlent de politique le font par ces temps de crise. Il faut toujours dire que la situation est due à ceux qui sont en face, pour pouvoir garder ses petites certitudes. Mais la situation est hélas bien plus grave que cela... Il n'y a plus de certitudes.

"Compense[r] un peu les misères d'une vie frustrante". Pourquoi, une vie frustrante? Pourquoi partir de l'idée que les gens ont une vie frustrante? Pourquoi ne sont-ils tenus pour responsables de leurs frustrations? Parce que les gens sont encouragés à tout miser sur des biens matériels. Quand on voit l'offre mirobolante et quasi-gratuite de biens et services qui sont à la disposition de tout un chacun, le petit pourcentage de revenu consacré aux besoins vitaux, il faut se dire que c'est par simple manque de sagesse que tant de monde a l'impression d'être pauvre... Mais qui encourage les gens à avoir de la sagesse? Personne! Les socialistes non plus. Ils encouragent à la jalousie, à la comparaison, à demander toujours plus...
Vous croyez que l'erreur des socialismes déjà essayés a été de "reprendre le credo productiviste du capitalisme", alors que ce credo productiviste n'est pas celui du seul capitalisme, mais celui de toute la modernité occidentale, qui est fondée sur le matérialisme.

Écrit par : Michael Kohlhaas | 09/08/2011

VRAI :"Les revenus globalement disponibles pour satisfaire les besoins du plus grand nombre sont largement inférieurs aux capacités de production de l’économie mondiale". C'est tout à fait juste.
FAUX: "cet écart croissant résulte directement de la progression des inégalités sociales" Là, c'est du blabla pipeau. Cet écart résulte des capacités de production insuffisantes au niveau mondial pour assurer à tous les habitants de la planète, à un prix abordable, un niveau de vie considéré comme décent. Et si ces capacités sont insuffisantes, c'est parce que la planète a des limites écologiques, que les matières premières ont un coût et qu'elles n'existent qu'en quantité limitées.
C'est tout au contraire dans les régions où les inégalités se creusent le plus (Chine, Brésil, Russie, et dans une moindre mesure UE et USA) que l'on constate le plus d'amélioration du sort des gens. Même si de mon point de vue, le libéralisme doit être encadré du fait des dangers politiques que posent l'accumulation de trop de pouvoir et de richesse entre les mains d'une poignée d'individus.
Le problème n'est pas du tout que les gens pauvres ne consomment pas assez, mais bien au contraire que l'on ne produit pas assez pour leur assurer le niveau de vie dont ils rêvent. D'où les migrations dans les pays à fort pouvoir d'achat. Le problème, c'est aussi que la Planète a doublé sa population en 50 ans et l'a quadruplé en 100 ans. Ce qui poserait des problèmes à n'importe quel système biologique si l'on n'était qu'un simple maillon de la chaîne alimentaire, mais il se trouve en plus que ce n'est pas le cas.
Si la démographie fut l'arme principale des pays colonisateurs, elle est aujourd'hui l'arme des pays émergents et en même temps le talon d'Achille de l'humanité.

Écrit par : Philippe Souaille | 09/08/2011

ce n'est pas vraiment le capitalisme qui est en crise mais les états. Par leur dépenses publiques devenue non finançables. La fin du monde viendra le jour ou le commerce marchand disparaîtra. Le capitalisme est dans la nature humaine. C'est elle qui crée des richesses. Il n'y aucune alternative crédible au capitalisme. A moins de changer la nature humaine. On peut en corriger les excès rien de plus. Le communisme a voulu changer cette nature humaine ont a vu le résultat.

D.J

Écrit par : D.J | 09/08/2011

Oups, j'avais mal lu votre phrase. Les revenus disponibles pour la satisfaction du plus grand nombre sont effectivement inférieurs aux capacités globales de production, mais nous en bénéficions tous, nous autres habitants des pays riches. Même les chômeurs.
La part de revenus confisquée par les très riches est certes importante (frisant les 20% de la richesse globale des Etats-Unis pour le 1% de citoyens les plus riches de ce pays), mais cela n'a que peu d'influence sur le niveau de vie des 99% restant, puisque nos revenus n'augmenteraient que d'une centaine de Francs par mois, en Suisse, si nous nous répartissions toute les fortunes du 1% le plus riche. Tout simplement parce que nous sommes cent fois plus nombreux qu'eux...
Le vrai problème, et DJ met le doigt dessus, c'est la part des revenus globaux (=planétaires) confisquée par TOUS les habitants des régions favorisées, prolétaires compris, environ 15% de la population mondiale, qui accaparent 90% des revenus au travers de nos salaires, retraites, allocations etc, incluant l'ensemble des dépenses publiques payées avec nos impôts.
Si l'on répartissait le produit (=revenu) mondial entre tous les habitants de la planète, il serait de l'ordre de 700 CH / mois et par habitant. 6 fois moins que ce que gagne un ouvrier suisse sans qualification et 15 fois plus que ce que gagne son homologue congolais ou vietnamien.

Écrit par : Philippe Souaille | 09/08/2011

Mais le vrai problème, c'est que si tout le monde se mettait à recevoir 700 Francs par mois sur la planète entière et à consommer en conséquence, la planète n'y résisterait pas.

Écrit par : Philippe Souaille | 09/08/2011

Préliminairement, je crois utile de rappeler, qu'il y a quelques années, nous étions arrivés à la conclusion qu'une répartition égalitaire de la production mondiale conduirait à un niveau de vie moyen semblable à celui de l'habitant ordinaire des campagnes lettones (1990).

La remarque d'inspiration régulationiste à l'origine de l'article est exacte. Rappelons nous que l'occident et ses associés ont perdu leur superbe économique depuis la fin des 30 glorieuses (dès la période des chocs pétroliers). Depuis lors, certains des pays émergents ont émergé. Il y a quelques années, lesdits pays sont (re-) passés, en PIB, devant l'occident et ses associés. Ces pays se sont enrichis et l'occident s'est appauvri.

Pourtant, ô miracle, personne n'a rien ressenti pendant 30 ans. Quand j'écris personne, je veux dire que, globalement en occident, les moins nantis ont vu leur pourvoir d'achat s'améliorer. Après tout c'est pendant ces années qu'Easyjet et les IRM ont proliféré. Les ménages aisés ont vu leur pouvoir d'achat croître nettement et les riches se sont beaucoup enrichi.

Comment cela a été possible ? Par le crédit. Comment croyez vous que Monsieur tout le monde achète sa voiture ? Et je ne parle pas de l'aspirateur dernier cri. Et comment le crédit a été possible ? L'ingénérie financière, innovante quoique adepte de simplifications mathématiques dictées par l'ère préinformatique pendant laquelle elle est née, la cupidité de certains et l'inconscience de tous. L'inconscience de plein de petits occidentaux post trente glorieuses, qui sont bien nés, et pour qui tout tombe dans la bouche.

Que ce passe-t'il maintenant ? Il faut payer la facture. Ou ne pas payer la facture, comme le fait la Grèce avec la complicité de l'Europe. Quant aux USA ils font de même. Mais eux ne cherchent pas à éviter inflation et dévaluation. Et ainsi ils remboursent avec de la monnaie de singe.

Tout le monde en a profité. Certes. Mais certains plus que d'autres. Et ceux-ci ne dépensent pas et favorisent donc la non utilisation de la capacité de production mondiale qui est sous utilisée. Mais là n'est pas le plus grave. Le pire est que c'est eux qui ont l'épargne n'investissent pas. N'investissent pas à raison des surcapacités de production et aussi parce que spéculer c'est plus rentable, surtout qu'en cas de perte on renfile le bébé aux autres. Tant pis pour les bulles immobilières, sur telle ou telle matière première ou sur le franc suisse.

C'est l'échec du libéralisme économique dérégulé sur le plan macroéconomique. Je dis bien sur le plan macroéconomique. Quel bordel quand même. N'aurait-il pas été possible de limiter la bulle immobilière lémanique autrement que par les taux. Tout simplement en augmentant les réserves exigées de la banque, notamment en tenant compte des fonds propre de l'acquéreur.

Mais bon mission impossible. La démocratie s'y oppose. Au sein du peuple chacun défend son morceau de gras. Le peuple ne comprend rien à rien. Et nombre de politiciens, qui ont été élu par le peuple parce qu'ils ont eu la capacité d'être élu, n'y comprennent pas beaucoup plus.

Écrit par : CEDH | 10/08/2011

Je lis (ci-après, extraits adaptés ; les liens vers les sources figurent en bas de page) que « François Fournier, beau-frère de Sarkozy, cherchait des affaires en Libye. Avant la guerre. François Fournier, beau-frère de Nicolas Sarkozy, patron de la société Villerville Finance est un homme d’affaires qui dispose d’un solide réseau. Cet énarque est un dirigeant de banque, ancien responsable à la direction du Trésor. Peu avant la crise libyenne, François Fournier est en affaires avec la société ATC dirigée par Youssef Zarrouk, un homme d’affaires franco-tunisien qui a ses habitudes dans un palace parisien au cœur de Paris, près du cœur du pouvoir : le quartier de l’Elysée ».

« L’objectif : vendre une holding française spécialisée dans l’agriculture en Afrique à un fond d’investissement libyen (Libyan African Investment Company). François Fournier est donc à la recherche d’un moyen sûr et rapide de vendre la holding française aux Libyens avant la fin de l’année 2009. Montant de la vente : 250 millions d’euros. Le beau-frère de Nicolas Sarkozy en appelle aussi à un proche d’un des fils de Mouammar Kadhafi, un certain Seif El-Islam, pour que l’affaire soit traitée dans les délais. Depuis six mois, la Libye est devenue un pays en guerre et la France intervient militairement. La famille Sarkozy est-elle en guerre contre la famille Kadhafi ? ».

« La demi-sœur de Nicolas Sarkozy, Caroline, a épousé le 23 décembre 2000, François Fournier, né le 11 avril 1950 à Neuilly. Diplômé de Sciences Po Paris, cet énarque a été administrateur-délégué de HSBC France ».

La société Villerville a fait paraître cette annonce : « Villerville Finance est une petite banque d'affaire qui souhaite développer le réseau russe. Nous avons déjà un pôle d'activité Chine/Afrique et croyons au potentiel de la Russie dans le développement en Afrique ou dans d'autres pays émergents. Nous recherchons dans le cadre de notre développement en Russie, un analyste débutant ayant une solide formation juridique russe, parlant russe et anglais couramment. Une expérience dans un cabinet juridique en Russie ainsi qu'un diplôme d'une grande école parisienne (type HEC, ESSEC) seraient appréciés », conclut l’annonce.

Or donc, la société bancaire et financière Villerville, je cite, croit « au potentiel de la Russie dans le développement en Afrique ». Et la société bancaire et financière Villerville, je cite encore, a « déjà un pôle d'activité Chine/Afrique ».

Pour ce qui me concerne, je suis et je resterai capitaliste, au sens « économie libre de marché », car c’est le seul système qui, selon moi, ne mène pas, à terme, à la misère généralisée. Cela dit, il y a « capitalisme » et « capitalisme ». Sarkozy avait promis la « République irréprochable ». Et Sarkozy avait promis de « réguler les marchés financiers ». Bien.

Encore pour ce qui me concerne, j’estime que l’Etat ne doit pas intervenir dans les activités économiques du secteur privé. Et j’estime que les sociétés industrielles multinationales, j’insiste sur le mot « industrielles », savent ce qu’elles doivent faire et ne pas faire. Du reste, depuis la fin des années 1980, les syndicats ont cessé de diaboliser les sociétés industrielles multinationales, car ils savent que celles-ci créent des emplois stables et viables à long terme.

En effet, une société industrielle multinationale ne s’amuse pas à investir 300 millions $ dans une nouvelle usine pour ensuite fermer cette même usine au bout de trois ans. Et puis, dans bien des cas, elle ne « délocalise » pas. Elle se diversifie par groupes de produits et par zones géographiques.

Toujours pour ce qui me concerne, je suis favorable au système bancaire, car sans lui, nous reviendrions au troc tout simplement. Je suis favorable au système boursier, car celui-ci consiste à convertir le capital de sociétés en actions accessibles au public. La bourse « augmente » et « baisse » pour la seule et unique raison que des détenteurs d’actions (donc détenteurs de capitaux de sociétés) décident de vendre ou de ne pas vendre, d’acheter ou de ne pas acheter. Ce n’est pas la bourse qui « boursicote ». Ce sont des détenteurs d’actions qui vendent et qui achètent.

Le nouveau visage de la Françafrique.

En revanche, je suis résolument hostile à un « capitalisme » dépourvu de stratégie globale à long terme. De ce fait, je suis résolument hostile à ce que des privés proches du pouvoir se livrent à des opérations spéculatives à court terme. Je suis résolument hostile à la Françafrique. Je suis résolument hostile aux sociétés bancaires et financières qui croient « au potentiel de la Russie dans le développement en Afrique ». Je suis résolument hostile aux sociétés bancaires et financières qui croient « au pôle d'activité Chine/Afrique ».

Je suis résolument hostile à tout cela, car il est indigne de la part d’un pays comme la France de s’allier au régime autoritaire russe et au régime totalitaire chinois dans le seul but d’exercer en Afrique des activités, non pas industrielles, mais strictement financières. Lorsque des Groupes comme Nestlé et L’Oréal construisent de nouvelles usines de production en France, en Russie, en Chine et en Afrique, ces groupes effectuent des investissements industriels à long terme qui sont des facteurs de création d’emploi et de création de richesse.

A l’inverse, je ne pense pas que ce soit le cas d’une petite société financière entretenant des liens avec le pouvoir en place. Car là, il ne s’agit plus de capitalisme et de capitalistes. Là, il s’agit d’individus qui ne sont ni capitalistes, ni socialistes et qui ne sont motivés que par leurs profits personnels à court terme. On peut appeler cela du social-étatisme ou du capitalisme d’Etat, peu m’importe, à vrai dire. Mais ce n’est en tous les cas pas une économie libre de marché avec une vision globale à long terme.

L’on peut me rétorquer qu’avec un (e) socialiste à l’Elysée en mai 2012, tout ça serait encore pire. Oui, en effet, c’est exact, tout ça serait encore pire. La dette actuelle de la France se monte à 1'600 milliards d’euros, soit 85% du PIB. A titre indicatif, en 1970, la dette de la France était de 459 milliards de francs français de l’époque, soit 70 milliards d’euros. En quarante ans, la dette française est donc passée de 70 milliards d’euros à 1'600 milliards d’euros. Et cela représente 85% du PIB français.

Inutile de se focaliser sur la dette américaine, comme le font en ce moment nombre de politiciens, de journalistes et d’économistes français. Les USA forment avec le reste des Amériques un marché de près d’un milliard de consommateurs. Ce marché est riche en pétrole. Et avec l’océan Pacifique, il bénéficie d’un accès aux marchés asiatiques.

Inutile de se focaliser sur la Grèce, comme le font en ce moment nombre de politiciens, de journalistes et d’économistes français. La Grèce ne représente que 3% du PIB de la zone euro. Et les prêts qui lui sont alloués se chiffrent à 400 milliards d’euros, soit beaucoup moins que ce dont auront, un jour, besoin, l’Espagne, l’Italie et la France.

Inutile, donc, de pointer du doigt des pays plus grands (tel les USA) ou plus petits (tel la Grèce) que la France. Car le problème de la France n’en sera pas résolu pour autant. Et le problème de la France, c’est que depuis soixante six ans (1945-2011), ses présidents et ses gouvernements sont tantôt des socialistes de gauche, tantôt des étatistes de droite, ce qui, dans le premier cas comme dans le second, produit, à long terme, exactement les mêmes résultats catastrophiques. Dès 1945, le président français de l’époque, manifesta une fixation anachronique et obsessionnelle sur la grandeur de la France, fixation avec, pour corollaire, une américanophobie viscérale, au point de finir par dénoncer le « privilège exorbitant » de la monnaie américaine.

Actuellement, les journalistes français interrogent des économistes français travaillant pour des entités financées par l’Etat français, ce qui rend leurs analyses peu crédibles. Il ne viendrait même pas à l’esprit de ces journalistes d’inviter les PDG de L’Oréal ou de Danone, sous le prétexte fallacieux que ceux-ci représentent « le grand capital », alors qu’ils sont des acteurs économiques tout simplement.

Avec un (e) socialiste à l’Elysée en mai 2012, tout ça serait encore pire, me dit-on. Oui, en effet, c’est exact, tout ça serait encore pire. Mais nous sommes en août 2011. Et nous ne savons même pas à quoi ressemblera le monde demain matin.

Écrit par : Corto | 10/08/2011

Eh bien, si j'avais su que j'allais jeter un tel froid, je me serrai abstenu !

Écrit par : Corto | 11/08/2011

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