21/08/2011

Hausse du franc suisse et misère en Europe de l’Est

La flambée du franc suisse par rapport à l’ensemble des autres devises pose aujourd’hui de très sérieux problèmes économiques et sociaux en Europe centrale et orientale. Dès 2004-2005, les consommateurs de ces pays ont en effet souscrit d’importants emprunts libellés en francs suisses, attirés par des taux d’intérêt particulièrement bas. Depuis lors, la revalorisation continue du franc a accru mécaniquement le montant de leurs dettes, en même temps que celui des intérêts qu’ils doivent servir.


foreclosure-mahurin.jpgEn Pologne, 50% des crédits immobiliers aux particuliers ont été conclus en francs suisses, contre 40% en Hongrie et 16% en Croatie, pour un montant global colossal de près de 80 milliards de francs. Or, depuis 2005, le franc a renchéri d’environ 35% face au zloty polonais, au forint hongrois et à la kuna croate.

En d’autres termes, la dette des ménages d’Europe centrale et orientale est parfois supérieure aujourd’hui, en dépit du versement de dizaines de mensualités, qu’au moment de l’achat de leur bien à crédit. Pour les plus pauvres d’entre eux, les saisies et les expulsions ont déjà commencé.

Cette ponction extraordinaire sur le budget des ménages au profit des banques a déjà provoqué une baisse de la consommation de 1% en Hongrie et de 0,5% en Pologne, faisant pression sur l’activité économique générale. Pour y faire face, ces Etats ont introduit un taux de change fixe avec le franc pour le remboursement des prêts aux particuliers ; ils ont développé des possibilités de transfert à l’Etat des logements dont les propriétaires étaient devenus insolvables ; enfin, ils ont accéléré les programmes de construction de logements sociaux pour les familles ruinées.

La finance helvétique est restée silencieuse quant aux risques sociaux auxquels s'exposaient ces débiteurs étrangers. Pourtant, leurs créances, libellées en francs suisses (dont une partie est détenue par des investisseurs suisses) contribuent aujourd'hui directement à la montée de la misère dans les pays les moins bien lotis du Vieux Continent. Consentir des prêts hypothécaires (ou à la consommation) dans une devise qui est une valeur refuge, susceptible de brutales revalorisations, ne renvoie-il pas à une forme d'arnaque?

« Stopper l’immigration massive ! », matraque l’UDC sur des affiches placardées dans tout le pays à coups de millions. Pourtant, le rançonnage des petits propriétaires est-européens par un franc trop cher, auquel la BNS et les milieux économiques refusent de fixer une valeur plafond, ne revient-il pas à jeter une nouvelle vague de « plombiers polonais » et d'« aides infirmières croates » sur les routes de l’exil?

 

Commentaires

Cher confrère

Suis pas un expert mais n'importe quel analyste géopolitique, économiste financier souligne que depuis la crise des sub-primes, ce sont les dettes souveraines qui menacent les faibles.
Comme ces pays de l'Est nouveaux venus dans l'Euro, impactés par leurs faibles PIB et dettes et appartenance à la zone Euro.

Et non pas par le CHF fort, qui est un problème pour la Suisse, et non celui des pays endettés de la zone Euro!

Sinon, il y aurait bien les fortunes de ces "pauvres" pays de l'Est pour pleurer! -

sauf que celles-ci n'ont pas d'autre problème que d'exercer leurs capacités d'investissements à court terme, à perte, en hedge funds, sans taxe ni revenu à payer etc etc etc, à Genève et via leurs avocats de notre cité.

En bref, c'est pas la cible.

Écrit par : CHitude | 20/08/2011

ce qui m'inquiète,

ce sont les commentaires de nos chers, très chers responsables, banquiers & politiques, dessinant le tableau du chômage - futur à venir à plus ou moins court terme, en raison d'1 CHF trop fort

ce qui pèse et tout le monde le comprend, sur la flexibilité des exportations
sauf que cela n'est qu'un domaine des revenus CHF.

Abruti contre abruti,
case Number xxxxxx

Écrit par : CHitude | 20/08/2011

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Je ne pense pas que les banques suisses fassent des gains de change sur le dos des emprunteurs des pays de l'Est. A l'époque, ces banques ont prêté des francs suisses, lesquels ont été convertis en zloty polonais, en forint hongrois ou en kuna croate, pour acquérir des biens immobiliers payés dans ces monnaies. Il est donc normal que les banques suisses soient remboursées en francs suisses.
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En revanche ce que l'on pourrait, éventuellement, reprocher aux banques suisses c'est d'avoir failli à leur devoir d'information.
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En effet, il y a une règle d'or qui veut que l'on ne devrait emprunter que dans la monnaie de ses revenus.
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En empruntant en francs suisses pour avoir des taux d'intérêts très bas, les emprunteurs ont, de fait, accepté le risque de change.

Frédéric Vahlé

Écrit par : Phénix le retour | 20/08/2011

En Roumanie le francs a plus que doublé, passant de 1,80 à 3,90.
Beaucoup se sont suicidés à cause de cette hausse !

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 21/08/2011

Bonjour,

Prenez un Polonais qui contracte une dette pour l'acquisition de son logement principal en CHF. Il le fait auprès d'une banque polonaise, correct? Celle-ci, si elle n'a pas les CHF en stock, doit contracter une dette vis-à-vis d'une banque suisse, qui elle pourra générer cette dette, donc ce montant en CHF. Mon raisonnement est-il correct?

Si c'est bien le cas, les banques suisses n'ont peut-être pas gagné sur le taux de change, mais bien en ayant la possibilité de générer plus de masse monétaire en CHF en vendant tous ces emprunts extérieurs.

En plus de confirmer ou d'infirmer mes hypothèses ci-dessus, est-ce que quelqu'un saurait quel est le ratio jusqu'où les banques suisses ont le droit de prêter des CHF sans avoir ces CHF en actif dans leurs comptes? Où se situent les banques suisses par rapport aux autres banques européennes et américaines?

Merci de toute information à ce sujet.

UBik

Écrit par : UBik | 21/08/2011

Je pense au contraire que les banques suisses ont tiré un joli bénéfice de l'opération. C'est bien elles qui ont dû contracter un prêt à la banque hongroise ou polonaise finançant l'emprunt en CHF. Ce faisant, elles ont bien généré cette argent couvert (c'est 8% selon Bâle II?) par les emprunts que ces banques suisses ont à la BNS par exemple. Les intérêts de ces emprunts ne sont que bénéfice pour les banques suisses.

Me trompe-je?

Écrit par : UBik | 21/08/2011

Les banques suisses n'ont pas fait de gain de change, mais un gain certain, qui est d'une part l'intérêt de emprunts que les banques polonaises ou hongroises ont dû passé avec elles pour pouvoir prêter du CHF. D'autre part les intérêts engrangés permettent aux banques suisses de générer encore plus d'argent (Bâle II, c'est 8% de couverture je crois)... Tout cela n'est pas négligeable. Un libor bas a certainement aussi des avantages.

Écrit par : UBik | 21/08/2011

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