• COVID-19 ET LA RÉCESSION QUI VIENT

    Epidemie.pngLa crise économique et financière internationale qui s’annonce, dont le déclenchement (et non les causes) est lié à la pandémie du Covid-19, est très différente de celle de 2008, qui avait été péniblement surmontée par le transfert d’une montagne de dettes aux collectivités publiques, faisant pour un temps l’économie d’une amputation douloureuse des capacités de production excédentaires.

    Elle met cette fois-ci en évidence la fragilité de l’appareil productif d’un capitalisme de plus en plus sénile. La généralisation de chaînes d’approvisionnement mondialisées à flux tendu misant sur une augmentation sans fin de l’exploitation du travail, génère aujourd’hui des contradictions explosives : l’anémie généralisée des investissements et de la demande (39% des Américains disent aujourd’hui ne pas pouvoir faire face à une dépense imprévue de 400$).

    L’effondrement boursier en cours est impressionnant : durant ce dernier mois, les cours du pétrole ont chuté de 55% (bonne nouvelle pour la Chine, moins bonne pour les USA, dont le fracking devient trop cher), les principaux indices boursiers (Dow Jones, Nikkei, Cac40, Dax, SMI, etc.) ont accusé des pertes moyennes de 30 à 35%, le marché obligataire a aussi été atteint, et même l’or, valeur refuge par excellence, a accusé le coup (-8% en dollars US). Et ce n’est qu’un début.

    Le ralentissement de la production industrielle, lié à la pénurie de produits intermédiaires, au recul de la demande et aux mesures sanitaires adoptées, même insuffisantes, entre en résonance avec la paralysie de nombreux autres secteurs frappés plus immédiatement par la pandémie – transport aériens, tourisme, restauration, services à la personne. La semaine prochaine, 3 millions d’Américains vont pointer au chômage, et le PIB du pays pourrait reculer, selon les estimations, de 15 à 30%, sur une base annuelle, durant les 3 prochains mois. Bien entendu, les effets économiques de la pandémie dépendent de sa durée. Or sur ce point, les experts chinois, qui ont pourtant réussi pour le moment à contenir l’épidémie, ne sont guère optimistes : ils ne pensent pas que la reprise d’une activité normale soit envisageable avant l’automne prochain.

    Or, cette réaction en chaîne intervient sur un terrain déjà profondément miné par une demande structurellement insuffisante en raison d’une compression de longue durée des salaires et des transferts sociaux. Dans ce contexte, l’arme monétaire (baisse des taux et rachats d’actifs peu liquides) a de moins en moins d’effets. Certains financiers sont ainsi passés du jour au lendemain de l’euphorie à la panique : le chef économiste du Mitsubishi Financial Group écrit ainsi à ses clients : « Vendez tant que vous le pouvez, avant qu'ils ne ferment toute l'économie américaine ». Nous sommes à la veille de « la plus rapide récession de l'histoire. Avec plus personne pour dépenser quoi que ce soit pour une longue période » (Washington Post, 21 mars 2020).

    En réalité, COVID-19 n’est que le révélateur de l'extraordinaire fragilité d'un capitalisme sénile aux ordres d'une finance parasitaire, qui n'a cessé d'affaiblir les fondements de « l'économie réelle », la demande et l'investissement. Ce navire qui prend l’eau de toutes parts n’est pas du tout adapté pour naviguer par gros temps !