• LA SUISSE À LA POINTE DU CAPITALISME MONDIALISÉ ET DE COVID-19

    Où en est-on dans la progression de la pandémie à l’échelle internationale ?

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    Au début de cet après-midi (22 mars), le Coronavirus Ressource Center de l’Université Johns Hopkins recensait 312'000 cas testés, soit sans doute quelque 3 millions de personnes réellement infectées dans le monde. En tenant compte du taux de létalité de 3,4%, certes discutable, postulé par l’OMS, cela signifierait déjà 102'000 morts annoncées, dont une partie ne sera sans doute pas attribuée à COVID-19, dans les pays où les infrastructures sanitaires sont débordées. En réalité, ces chiffres seront évidemment très largement dépassés, puisqu’aujourd’hui, la progression de l’épidémie n’a pu apparemment être contenue qu’en Chine.

    Dans tous les cas, le nombre de cas répertoriés chaque jour n'est pas un bon indicateur de la progression de la pandémie. Il dépend en effet du nombre de tests effectués. Celui des morts enregistrés est en revanche plus significatif, certes avec un temps de retard, et dans les pays où les malades gravement atteints peuvent être hospitalisés. Sous ce rapport, en proportion de sa population, l'Italie arrive aujourd’hui en tête, suivie de l'Espagne et de l'Iran (dont les chiffres paraissent sous-estimés). La Suisse les suit en 4place (avec 80 morts aujourd’hui), devant la France, la Hollande et le Royaume-Uni. La Chine n'est plus aujourd'hui qu'en 8position, talonnée par la Corée du Sud, les États-Unis et l'Allemagne…

    La Suisse a donc le triste privilège d'être dans le peloton de tête. À qui la faute ? Au refus de tester massivement la population, alors que Roche AG exporte 400'000 kits par semaine aux États-Unis depuis le 13 mars ; au refus de garantir la livraison massive de masques à toutes celles et ceux qui en auraient besoin – ils devraient être portés partout où « la distance sociale » peut difficilement être respectée (magasins, transports publics, etc.) ; mais aussi au retard pris dans la fermeture préventive des sites de formation et de loisir ; sans parler des lieux de travail non indispensables, que les autorités fédérales s’entêtent à laisser ouverts.

    Au cours de ces 5 derniers jours, du 17 au 22 mars, le nombre de morts a crû de 281% en Suisse et de 280% en France, contre 177% en Espagne, 124% en Italie, 28% en Corée du Sud et 1% en Chine. Certes, l’épidémie n’en est pas au même stade dans ces différents pays, et les États jusqu’ici les plus épargnés, qui ont souvent tardé à prendre des mesures drastiques, tendent à rattraper le peloton de tête, avec des taux exceptionnellement élevés : 467% en Hollande, 320% en Allemagne, 316% au Royaume-Uni et 309% aux États-Unis.

    De façon plus générale, l’apparition de nouveaux virus inconnus ou mutants est liée à la déforestation, au développement de méga-élevages industriels et, potentiellement, au dégel du permafrost. Leur diffusion suit aussi les lignes de crêtes de la mondialisation capitaliste – la Chine, le Corée du Sud, le Japon, l’Europe Occidentale, les États-Unis –, par le biais de la circulation accélérée des marchandises et des personnes. Avec la multiplication des catastrophes climatiques, les nouvelles pandémies annoncent l’impasse d’un ordre économique et social mortifère.

    Plus immédiatement, les chaînes de production internationalisées, la réduction systématique des stocks (just in time) – ceux des masques chirurgicaux! –, et l’insuffisance structurelle des débouchés (compression des salaires, des dépenses publiques et des investissements) expliquent l’extrême vulnérabilité du système économique actuel. En dirigeant une part croissante des richesses vers la spéculation financière, il accentue encore sa fragilité, puisque lorsque les Bourse.pngboursicoteurs cèdent à la panique, comme aujourd’hui, ils assèchent brutalement le crédit de «l’économie réelle». Sur le plan social, les coupes budgétaires qui ont touché partout de plein fouet les systèmes de santé, montrent enfin leur totale inhumanité et irrationalité face à la déferlante de COVID-19.

    N’est-il pas grand temps de laisser «la sagesse des fous», des anticapitalistes, prendre le dessus sur «la folie des sages», des néolibéraux de tous poils, comme le souhaitait déjà Jean Jaurès, il y a plus d’un siècle ?