Regard critique - Page 4

  • Fallait-il publier le brûlot raciste de l'UDC?

    Je ne suis favorable à l'interdiction de la diffusion d'opinions franchement racistes et haineuses qu'en dernier recours. Mais cela n'implique pas pour autant qu'il faille adopter une attitude de laisser faire. Au contraire, tout doit être mis en oeuvre pour les combattre, les isoler et les marginaliser, ne serait-ce que parce qu'elles blessent les personnes ciblées et peuvent même inciter certains individus racistes à des comportements violents... 
    Par exemple, il me paraît juste de refuser d'exposer cette propagande sur des supports qui dépendent directement des pouvoirs publics. Il me semble donc légitime qu'une commune ou un canton n'accepte pas le collage d'une affiche raciste sur des panneaux réservés. Le même raisonnement vaut pour des entreprises subventionnées, comme les TPG, etc.
    A Bâle, les autorités ont ainsi refusé l'affiche des partisans de l'initiative anti-minarets, qu'ils devront apposer sur des emplacement privés nettement plus chers. Tant mieux! Les contribuables bâlois n'ont pas à subventionner une campagne raciste. J'espère que Genève et Lausanne en feront de même! Il faudra pourtant continuer à dénoncer cette affiche et, qui sait, certains d'entre nous ne résisteront pas à l'envie de la caviarder...
    Dans ce sens, la rédaction d'un quotidien attaché aux valeurs démocratiques devrait aussi, me semble-t-il, refuser d'ouvrir ses colonnes, même contre paiement, à une propagande nauséabonde, comme celle publiée par l'UDC contre la soi-disant "racaille d'Annemasse". Dans cette affaire, la décision du rédacteur-en-chef de la TdG me paraît donc indéfendable. Les abonnés et les lecteurs de la TdG ne veulent pas manger de ce pain-là, et ils-elles sont nombreux aujourd'hui à le faire savoir haut et fort.
    Le fait qu'une collectivité publique, une grande régie, un quotidien, etc. refusent de prêter la main à une campagne raciste visant directement, respectivement une partie de ses habitants, de ses travailleurs ou lecteurs... en fonction de la couleur de leur peau, de leur religion, de leur orientation sexuelle, me paraît tout à fait légitime: il témoigne seulement de l'engagement quotidien que l'on est en droit d'attendre d'eux pour la défense des droits humains.

  • Pour défendre nos droits populaires, il faut voter pour la Liste n° 4

    Aujourd’hui, David Haeberli, responsable de la rubrique « Genève actualité » de la TdG, plaide pour une « réévaluation du quorum ». Il évoque ainsi la possibilité d’une élévation de celui-ci à 10%, comme à Neuchâtel. Aujourd'hui, ce nouveau seuil pourrait éliminer les listes du Parti radical, du PDC, de solidaritéS et du PdT, du MCG et de l’UDC... Ne resteraient en lice que les Libéraux, le PS et les Verts, les deux derniers n’ayant plus qu’à fusionner pour constituer un grand pôle « démocrate » à l’américaine ou à l’italienne, face à un pôle « républicain » ou conservateur. Sans crier gare, nous serions ainsi passés d’un scrutin proportionnel tempéré à un scrutin quasi-majoritaire…

    Mais pour achever cette régression de nos droits politiques, il serait certainement nécessaire de restreindre aussi les droits d’initiative et de référendum cantonaux, grâce à une élévation du nombre de signatures requis ou une réduction de la durée autorisée de récolte (il en est question). En effet, en excluant de la répartition des sièges, non plus 15% des suffrages de la gauche conséquente, comme en 2005, mais 40 à 50% de l’ensemble des voix, vous ne leur laisseriez que ces seuls moyens (sans parler des manifestations de rue) pour faire valoir leurs positions en contestant les décisions dès lors fort peu représentatives du parlement…

    En 1985, le Tribunal Fédéral avait jugé que le quorum neuchâtelois de 10% frisait le code dans le cadre du scrutin proportionnel. Ce seuil élevé est cependant nuancé par la possibilité, pour les listes qui ne l’atteignent pas, de donner leurs voix, le cas échéant, aux partis avec lesquels elles sont apparentées, ce qui n’est pas le cas à Genève. Par ailleurs, plusieurs cantons suisses, et non des moindres, dont Zurich, Shaffhouse, l’Argovie, le Tessin, et le Jura… n’ont aucun quorum, ce qui représente sans aucun doute le système le plus démocratique. Et lorsqu’il en existe un, il est généralement inférieur à celui de Genève (par ex., 5% dans le canton de Vaud). En effet, pour qu’un parlement puisse prétendre représenter le corps électoral, il ne doit pas exclure a priori de ses rangs les opinions minoritaires (7% du corps électoral genevois, cela représente tout de même déjà plus de 16000 électeurs et électrices potentiels).

    A une époque où tout le monde se gargarise de « démocratie participative », et où même les Libéraux parlent – à la veille des élections, il est vrai – « d’urbanisme participatif », n’acceptons pas l’amputation de nos droits populaires. 

  • Racisme anti-frontaliers, ça suffit! Manifestons le 8 octobre...

    L'UDC tremble pour son quorum, cela ne peut que nous réjouir!

    Jusqu'ici, le parti de Blocher l'avait joué plutôt "bon chic bon genre"... pour séduire l'Entente et rompre avec son image raciste la plus nauséabonde. Le but de l'UDC n'est-il pas avant tout de bétonner les politiques antisociales les plus extrêmes... 

    Mais les masques sont tombés: la campagne du MCG, qui menace aujourd'hui de capter son électorat, pousse les partisans d'Yves Nydegger à la surenchère clairement fascisante... 

    Ne nous laissons pas manipuler par ces jusqu'au-boutistes de la haine!

    Pas une voix pour l'UDC et le MCG! La racaille, c'est eux!

    Toutes et tous à la Place Neuve pour manifester contre le racisme anti-frontaliers, le 8 octobre à 18h. Nous marcherons en direction de la Gare des Eaux-Vives, trait d'union entre Genève et les communes françaises frontalières de Haute-Savoie.

    Cette manifestation est soutenue par solidaritéS, la Communauté genevoise d'action syndicale (CGAS), UNIA, le Cartel intersyndical de la fonction publique, le SSP-VPOD, la Société Pédagogique Genevoise (SPG), le Syndicat interprofessionnel des travailleurs (SIT), le Groupement transfrontalier européen, le Parti du Travail (PdT), le Parti socialiste (PSG), Acor-SOS Racisme, le Centre de contact Suisses-Immigrés (CCSI), Mesemrom, NPA-74, United Black Sheep (UBS), MPS... et la liste n'est pas close.

  • Répondre à une crise de civilisation…

    Comme je le relevais dans un précédent commentaire, contrairement à de nombreuses analyses superficielles, la reprise n’est pas pour demain. La masse salariale des principaux pays continue à diminuer (stagnation des salaires, montée du chômage partiel et des licenciements), même si les revenus disponibles sont provisoirement dopés par l’intervention massive des pouvoirs publics. Par le biais du commerce international, ces mesures favorisent les économies les plus compétitives, dont celle de la Suisse (classée au premier rang mondial par le WEF). Il est même possible qu’elles préviennent la transformation de la récession actuelle en véritable dépression.

    Pourtant, le maintien de dépenses publiques à une telle hauteur ne peut pas durer. Et pour qu’une reprise sérieuse se confirme, l’investissement et la demande de biens de consommation devront prendre le relais, ce qui semble exclu dans l’immédiat. En effet, les ressorts de la phase d’expansion précédente sont brisés, notamment l’endettement des ménages américains et les investissements asiatiques dans les secteurs d’exportations. De façon plus générale, la consommation n’est pas au rendez-vous, en raison de la montée du chômage et du blocage des salaires. La demande globale restera donc en panne, déterminant une récession longue et une reprise timide sur plusieurs années.

    Comment dès lors sortir de la crise? «Le but du développement durable, affirme David Hiler dans « Le Courrier » du 19 septembre, c’est d’avoir (…) une croissance qui produit moins de CO2 et qui utilise moins d’énergie». C’est le sens du Green Deal que défendent aujourd’hui de larges secteurs du monde capitaliste, avec ses nouveaux champs d’investissement prometteurs, même si mal adaptés et potentiellement dangereux (j’y reviendrai dans une prochaine note). C’est aussi l’alpha et l’oméga des programmes des partis verts, qui ne prennent pas sérieusement en compte la gravité de la crise environnementale en cours.

    Car en effet, la survie de larges secteurs de l’humanité est menacée, en particulier dans les pays du tiers-monde, par la fréquence accrue et l’aggravation des inondations et des sécheresses qui frappent des systèmes agricoles déjà fragilisés du fait des politiques ultra-libérales de l’OMC. Si bien que le Green Deal capitaliste s’accompagnera de plus en plus d’une gestion militaro-policière des crises, pour faire face à la détresse croissante des populations sacrifiées aux catastrophes écologiques à venir. La politique du « gros bâton » sera d’ailleurs aussi à l’agenda des pays riches: il n’est qu’à songer aux dizaines de millions de salarié-e-s exclus et paupérisés, jeunes en particulier, contre lesquels se préparent des conditions de répression et d’internement expéditives, sur fond de montée du racisme, de l’autoritarisme et des sentiments sécuritaires.

    Cependant la confrontation sociale et politique des « propriétaires » de ce monde avec celle et ceux qui ne vivent que de leur travail se complique... Désormais, un troisième acteur a fait son apparition: la nature. Cette dernière s’invite sur le terrain des luttes sociales avec ses propres exigences, auxquelles les principaux protagonistes devront donner des réponses immédiates. Les questions environnementales ne sont dès lors plus le seul enjeu d'une transformation sociale à venir, mais celui du combat de tous les jours pour la défense des conditions de vie, voire de survie, de larges secteurs de l’humanité. La lutte pour une autre société doit intégrer cette dimension, non seulement comme projet, mais aussi comme pratique quotidienne.

     

  • Répondre à une crise de civilisation…

    Comme je le relevais dans un précédent commentaire, contrairement à de nombreuses analyses superficielles, la reprise n’est pas pour demain. La masse salariale des principaux pays continue à diminuer (stagnation des salaires, montée du chômage partiel et des

    licenciements), même si les revenus disponibles sont provisoirement dopés par l’intervention massive des pouvoirs publics. Par le biais du commerce international, ces mesures favorisent les économies les plus compétitives, dont celle de la Suisse (classée au premier rang mondial par le WEF). Il est même possible qu’elles préviennent la transformation de la récession actuelle en véritable dépression.

    Pourtant, le maintien de dépenses publiques à une telle hauteur ne peut pas durer. Et pour qu’une reprise sérieuse se confirme, l’investissement et la demande de biens de consommation devront prendre le relais, ce qui semble exclu dans l’immédiat. En effet, les ressorts de la phase d’expansion précédente sont brisés, notamment l’endettement des ménages américains et les investissements asiatiques dans les secteurs d’exportations. De façon plus générale, la consommation n’est pas au rendez-vous, en raison de la montée du chômage et du blocage des salaires. La demande globale restera donc en panne, déterminant une récession longue et une reprise timide sur plusieurs années.

    Comment dès lors sortir de la crise? «Le but du développement durable, affirme David Hiler dans « Le Courrier » du 19 septembre, c’est d’avoir (…) une croissance qui produit moins de CO2 et qui utilise moins d’énergie». C’est le sens du Green Deal que défendent aujourd’hui de larges secteurs du monde capitaliste, avec ses nouveaux champs d’investissement prometteurs, même si insuffisants et potentiellement dangereux (j’y reviendrai dans une prochaine note). C’est aussi l’alpha et l’oméga des programmes des partis verts, qui ne prennent pas sérieusement en compte la gravité de la crise environnementale en cours.

    Car en effet, la survie de larges secteurs de l’humanité est menacée, en particulier dans les pays du tiers-monde, par la fréquence accrue et l’aggravation des inondations et des sécheresses qui frappent des systèmes agricoles déjà fragilisés du fait des politiques ultra-libérales de l’OMC. Si bien que le Green Deal capitaliste s’accompagnera de plus en plus d’une gestion militaro-policière des crises, pour faire face à la détresse croissante des populations sacrifiées aux catastrophes écologiques à venir. La politique du « gros bâton » est d’ailleurs aussi à l’agenda des pays riches: il n’est qu’à songer aux dizaines de millions de salarié-e-s exclus et paupérisés, jeunes en particulier, contre lesquels se préparent des conditions de répression et d’internement expéditives, sur fond de montée du racisme, de l’autoritarisme et des sentiments sécuritaires.

    Cependant la confrontation sociale et politique des « propriétaires » de ce monde avec celle et ceux qui ne vivent que de leur travail se complique... Désormais, un troisième acteur a fait son apparition: la nature. Cette dernière s’invite sur le terrain des luttes sociales avec ses propres exigences, auxquelles les protagonistes devront donner des réponses immédiates. Les questions environnementales ne sont dès lors plus le seul enjeu d'une transformation sociale à venir, mais celui du combat de tous les jours pour la défense des conditions de vie, voire de survie, de larges secteurs de l’humanité. La lutte pour un socialisme du 21e siècle doit intégrer cette dimension, non seulement comme projet de société, mais aussi comme pratique quotidienne.

     

  • Saint-Gervais : il est encore temps de voter NON !

    Dans la Tribune de Genève d’aujourd’hui, un membre du précédent Conseil de fondation de Saint-Gervais, Bernard Zumthor, plaide pour le NON à la diminution de 1,1 million de la subvention à cette institution. Il rappelle qu’en cas de victoire du OUI, le Centre pour l’image contemporaine (CIC) serait condamné sans appel et que le théâtre ne serait toujours pas assuré d’un avenir.

    Plus surprenant, le délégué d’« A Gauche Toute! » au sein du Conseil de fondation plaide… pour le OUI, alors que son groupe défend le NON, que l’AVIVO, sous les couleurs de laquelle il briguait une place à la Constituante, appelle à voter NON, et que la liste de Christian Grobet, qu’il a ralliée pour le Grand Conseil, plaide aussi pour le NON. Voilà donc un homme qui change d’avis bien souvent…

    Que se passe-t-il en réalité ? Depuis la mi-août, sous la pression du référendum, le Chef du Département de la culture, Patrice Mugny, et ses représentants au sein du Conseil de fondation, ont lancé une opération charme de dernière minute pour convaincre les électeurs-trices de leurs bonnes intentions. But de la manœuvre : assurer à Philippe Macasdar, qui se sent menacé à court terme, un dernier sursis jusqu’en juin 2012, ainsi que la responsabilité à court terme de toute la maison (mais pas avec un centime de plus que la dotation actuelle du théâtre), en échange de son soutien au OUI !

    Ainsi cette fondation de droit privé, réputée tout à fait indépendante du Département de la culture, a-t-elle soudainement entonné ce nouveau refrain lors de sa conférence de presse du 8 septembre, à laquelle participait… Philippe Macasdar. Ne lui jetons pas la pierre : il a sauvé son poste et son théâtre pour deux saisons de plus et espère transformer l’essai dans le peu de temps qu’il lui est imparti… Il sera cependant en bien meilleure posture pour le faire en cas de victoire du NON ! Raison pour laquelle les amis du CIC, les amis du théâtre, en somme les amis de Saint-Gervais, doivent voter NON au 1er objet de la votation municipale du 27 septembre.

     

  • Le gros de la crise est devant nous : votez NON à la LIPP le 27 septembre !

    Le deuxième trimestre 2009 a été indiscutablement moins mauvais pour l’économie mondiale que les deux trimestres précédents. Il n’en a pas fallu plus pour que nombre d’analystes et une bonne partie des médias pronostiquent sans sourciller la reprise imminente. Et pourtant, de toute évidence, ce léger mieux ne peut nourrir aucune illusion : le gros de la crise est encore devant nous.

    L’accalmie relative résulte de taux d’intérêts extrêmement bas : 0,5% aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et en Suisse, 1% dans la zone euro, soit 4 à 10 fois moins qu’il y a un an… Mais surtout, de l’injection massive de crédits publics dans l’économie. Le déficit budgétaire des Etats-Unis a ainsi atteint 11% du PIB (du jamais vu en temps de paix). Selon la Banque des règlements internationaux, les seuls plans de relance mis en œuvre à l’échelle planétaire représentent aujourd’hui 3500 milliards de dollars…

    Pourtant, la masse salariale distribuée continue à diminuer dans la plupart des pays (stagnation des salaires et montée en flèche du chômage partiel et du chômage sec), même si les revenus disponibles sont largement dopés par l’intervention massive des pouvoirs publics. L’exemple le plus frappant est la « prime à la casse » (jusqu’à 4500 $ pour une vieille voiture aux Etats-Unis) qui a provisoirement relancé la demande automobile. La plus mauvaise option sur le plan écologique ! Par le biais du commerce international, ces mesures de relance favorisent les entreprises des économies les plus compétitives, dont celle de la Suisse.

    Mais le maintien de dépenses publiques à une telle hauteur ne peut pas durer bien longtemps. Ainsi, comme le reconnaît la Barclay’s Capital : afin de ramener sa dette à 60% du PIB dans 20 ans, l’hexagone devrait y consacrer 40 à 50 milliards d’euros par an, soit la totalité de ses impôts sur le revenu. A un moment donné, dans une économie libérale, ce seront l’investissement et la consommation privés qui devront donc obligatoirement prendre le relais, aggravant à leur tour la crise globale de l'environnement. Cependant, rien n’indique que cela soit envisageable dans un proche avenir.

    Le plus probable, selon moi, c’est ainsi un nouveau plongeon de l’économie mondiale dans la récession. En effet, la demande salariale des pays industrialisés ne sera pas rapidement au rendez-vous en raison de la montée du chômage et du blocage des rémunérations, et l’investissement ne pourra par conséquent pas reprendre durablement. Ainsi, même si la Chine maintient un taux de croissance respectable, elle le devra à sa demande intérieure, ce qui ralentira d’autant ses importations. La demande solvable planétaire restera donc en panne !

    Dans un tel contexte, le choix de mon ami David Hiler de proposer une nouvelle baisse des recettes fiscales genevoises d'au moins 411 millions par an d’ici 2012 (plus 107 millions pour les communes), qui profitera essentiellement aux privilégiés, après les précédentes réductions de plus de 500 millions par an depuis 2000, est une option inacceptable. Elle va nécessairement provoquer une flambée de la dette cantonale, nécessitant de nouvelles coupes dans les dépenses publiques… Je vous laisse en imaginer les conséquences sociales ! Voilà la raison pour laquelle il faut absolument voter NON à la LIPP le 27 septembre prochain.

  • OMC: une falsification qui en dit long

    L'extension du bâtiment de l'OMC, sur les rives du lac, et le bradage d'une partie d'un magnifique parc public apparaît aujourd'hui comme la grande cause commune des partis représentés au Grand Conseil genevois, soutenus par les élus et les autorités fédérales. Les socialistes et les verts occupent même le devant de la scène, poussés en avant par leurs alliés de circonstance, pour faire avaler cette pilule inhabituelle à leur électorat. Même le pape de la dérégulation commerciale internationale, le "socialiste" français Pascal Lamy, est descendu dans l'arène. Pourtant, l'ensemble de l'opération est orchestré et financé par la Fédération des entreprises romandes, qui a mandaté une agence de "com" pour labourer l’opinion. N'y a-t-il pas jusqu'ici déjà assez de sujets d'étonnement...?

    Non. Il se trouve que l'extension prévue du bâtiment, contrairement à la photo distribuée urbi et orbi par les défenseurs du projet, a été volontairement truquée. Les arbres qui devront être supprimés ont été effacés de la photo qui couvre la première page du "tous ménages" envoyé à la population. Et jusqu’à mercredi, Martine Brunschwig Graf et Pascal Lamy traitaient sur les ondes Pierre Vanek de menteur, lorsque celui-ci évoquait cet abattage. Quand il s'agit de vendre un produit, tout le monde sait que la pub ment et que les images sont systématiquement retravaillées. Mais de là à polluer un débat démocratique avec les mêmes moyens... On en reste confondu.

    Dernière surprise… Que la représentante de la Fédération des entreprises romandes réagisse avec plus de fair play que la conseillère administrative socialiste Sandrine Salerno. La première regrette l’incident, annonce la destruction de ce matériel et la publication de rectificatifs dans les médias, tandis que la seconde nous explique laborieusement que ces « charmilles » ont déjà été partiellement coupées et qu’elles n’appartiennent pas au patrimoine végétal important du parc.

    Cet incident serait sans grande importance, s’il n’était pas le symptôme d’une dérive préoccupante des mœurs politiques. Dès lors que la « com » prend le pas sur le débat d’opinions, tous les coups sont permis. Et à ce jeu-là, certains pensent déjà qu’il suffit de payer cher pour construire un univers virtuel et le décréter réel. L’URSS de Staline effaçait les opposants des anciennes photos officielles. Songeons à l’avenir radieux qui s’ouvre aux falsificatuers à l’ère du numérique, si la population et l’ensemble des forces politiques ne condamnent pas sans appel de tels procédés.

    P.S. Pour répondre à l'un de mes contradicteurs qui vente les mérites de la libéralisation des échanges pour les pays du Sud, voici l'évolution des cours des principaux produits agricoles exportés par le Sud entre 1980 et 2001.

     

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  • Non au passeport biométrique et aux dérives autoritaires

    Le projet de passeport et de banque de données biométriques est soumis au vote populaire ce 17 mai prochain. N’oubliez pas d’aller voter NON à cet arrêté liberticide en refusant plus fondamentalement le projet de société qu’il incarne.

    En prétendant répondre aux exigences des accords de Schengen, auxquels la Suisse a souscrit, le projet du Conseil fédéral, élaboré par les services de Blocher et de Widmer-Schlumpf, va en réalité beaucoup plus loin. Non seulement le passeport biométrique, muni d’une puce RFID contenant une photo portrait, des empreintes digitales, et demain d’autres renseignements (scan de l’iris, voix, etc.), sera imposé à tout le monde, mais il en sera de même de la carte d’identité (même si le Conseil fédéral fait mine pour la votation de renoncer à cette exigence). Surtout, l’ensemble des renseignements ainsi collectés seront centralisés dans une banque de données fédérale. Le Big Brother d’Orwell n’aurait jamais rêvé d’un tel outil…

    Condamner des excès ou refuser une logique?

    L’argumentaire des verts et des socialistes condamne les excès de Berne. Il ne discute pas la nécessité d’un passeport biométrique (Schengen oblige), mais refuse une carte d’identité sur le même modèle, et bien sûr la constitution d’un fichier central contenant ces données sensibles. Cette option a en effet été rejetée par la majorité des pays, en particulier par l’Allemagne. Entre-temps, l’UDC s’est aussi prononcée contre l’arrêté soumis au vote, invoquant aussi les compétences nouvelles que s’arroge le Conseil fédéral et le prix élevé de ces nouveaux documents d’identité. La Fondation alémanique des consommateurs appelle également à voter NON.

    La campagne des opposants invoque d’autres arguments encore. Par exemple, des autorités étrangères et des compagnies privées (comme les voyagistes) pourraient être autorisés à saisir des informations personnelles concernant des citoyens suisses. Enfin, la technologie RFID n’est pas à l’abri de fraudes: risques embarrassants de «faux rejets» lors de contrôles rapides aux frontières, lecture de données personnelles par des tiers non autorisés, contrefaçons possibles, etc.

    Big Brother a une longue histoire...

    Pourtant, l’essentiel est ailleurs. Il renvoie aux formes que prend le pouvoir souverain de l’Etat moderne sur la population, ce que l’historien français Michel Foucault a appelé le biopouvoir, une discipline systématique des corps et des âmes, imposée en Europe dès le 17e, mais surtout au 18e siècle et au-delà. En réalité, l’Etat ne se contente plus de surveiller la société, il s’efforce de la rendre lisible en l’enregistrant minutieusement pour mieux l’étreindre (impôt, conscription, répression, etc.). La numérotation des immeubles des quartiers populaires au 19e siècle, qui a suscité de vives résistances, participe aussi de cet effort.

    Sous ce rapport, le contrôle de la circulation de la main d’œuvre est l’une des mesures les plus importantes développées par l’Etat moderne. La généralisation des dispositions contre le vagabondage le prépare. Elle suscite l’essor de documents administratifs obligatoires: passeports, laissez-passer, sauf-conduits, lettres de recommandation, etc. Pour cette raison, les révolutionnaires français revendiqueront l’abolition des passeports et placeront la liberté de circuler parmi les droits naturels. En 1791, le premier «droit civil et naturel» sanctionné par la Constitution est celui «d’aller, de rester, de partir». L’Assemblée abolit même l’usage des passeports pour la population française, même si la guerre civile et aux frontières ne permettra pas l’application durable de cette décision.

    Enregistrés comme des criminels…

    En 1803, en réintroduisant le «livret ouvrier», Napoléon donne un coup d’arrêt à la libre circulation, renouant ainsi avec les pratiques de l’Ancien Régime. Celles-ci vont se généraliser à l’échelle internationale, dès la fin du 19e siècle, afin de mieux contrôler les étrangers. Des documents d’identité de plus en plus sophistiqués, inspirés des techniques d’identification criminelle, sont dès lors imposés aux migrants: délivrance de «carnets de nomades» aux Roms, enregistrement des travailleurs étrangers au moyen des techniques de Bertillon (mesures de nombreux paramètres corporels), puis des empreintes digitales, obligation faite aux Chinois d’Amérique de porter un certificat muni pour la première fois de photos d’identité, etc.

    La généralisation inquiétante de l’application des techniques d’identification criminelle – photographies, empreintes digitales, scans de l’iris, empreintes génétiques, etc. – à l’ensemble des citoyennes et des citoyens, soi-disant pour mieux leur garantir la protection de l’Etat, semble donner corps aujourd’hui à de telles inquiétudes. Au seuil d’une crise généralisée du capitalisme qui voit se multiplier les dérives autoritaires (il n’y a qu’à observer la surenchère sécuritaire à laquelle les radicaux et le MCG se livrent actuellement à Genève), nous aurions tort de ne pas prendre ces dangers très au sérieux.

    Jean Batou

    Visitez le site de solidarités-Genève : www.solidarites.ch/geneve/

  • Défendre le maintien du jury populaire: un enjeu démocratique hautement symbolique!

    L’électeur genevois a de quoi se gratter la tête en considérant les prises de position des partis et associations en vue de la votation du 17 mai pour ou contre la suppression du jury populaire tiré au sort en matière criminelle et son remplacement par 3 juges professionnels et 4 juges assesseurs non professionnels élus. Cette innovation a été plébiscitée par le Grand Conseil par 56 OUI contre 6 NON seulement et 12 abstentions. Et pourtant, les radicaux, les verts et le MCG, qui totalisent sauf erreur 37 député-e-s, appellent bien aujourd’hui à voter NON (la majorité d’entre eux étaient-ils à la buvette lors du débat sur cet objet ?)… SolidaritéS a pris nettement position pour le NON, avec le Parti du Travail ; je suis sûr que nous aurions su défendre cette position avec plus de fermeté au Grand Conseil !

    Pour justifier l’abrogation du jury populaire, les autorités avancent une série d’arguments techniques : danger de non conformité au droit fédéral, compétences ou disponibilités insuffisantes des jurés tirés au sort, nécessité de motiver les jugements, lourdeur des procédures d’appel… Ils n’évoquent jamais l’enjeu démocratique symbolique, combien important, de cette votation : Madame et Monsieur tout le monde peuvent-ils être appelés à donner un jour leur avis sur une question aussi grave que la condamnation ou l’acquittement d’un prévenu d’assises ou de correctionnelle ?

    L’un de mes amis socialistes, qui partage la position du Conseil d’Etat, invoquait récemment l’avis du philosophe britannique Herbert Spencer, cet ultra-libéral du 19e siècle, partisan de « la sélection des plus aptes » et gagné au conservatisme, qui traitait le jury populaire avec mépris : « C’est un groupe de douze personnes d'ignorance moyenne réunies par tirage au sort pour décider qui, de l'accusé ou de la victime, a le meilleur avocat ». Mon ami ne savait sans doute pas, qu’avec les mêmes arguments, Spencer s’opposait aussi au suffrage universel, parce que celui-ci risquait de nuire aux intérêts des classes possédantes ! Faire voter les pauvres et les ignorants ? Quelle horreur ! Spencer considérait aussi comme inexorable l’élimination des races inférieures par les races supérieures… Mais ceci est une autre histoire.

    Je suis convaincu, tout au contraire, que la démocratie ne peut vivre et se développer que par l’extension des droits populaires et leur exercice direct par le plus grand nombre, non seulement dans le domaine de la justice, mais aussi sur tous les terrains de la vie sociale et économique, dans le cadre de normes légales décidées démocratiquement. C'est en effet la seule et la plus formidable école politique ouverte à toutes et tous. C’est cette divergence fondamentale qui oppose le « socialisme par en bas », dont je me revendique, du « socialisme par en haut », qu’incarne malheureusement si bien la position actuelle du Parti socialiste genevois en faveur de l’abolition du jury populaire.

    Jean Batou

  • Quand les radicaux jouent à l'UDC

    Le Parti radical genevois vient de commettre une pétition au Conseil d’Etat, envoyée "tous ménages" pour récolter des signatures, en vue de "la détention administrative jusqu'à 24 mois des criminels multirécidivistes violents sans titre de séjour valable".

    Pour un petit délit juste punissable de quelques jours amendes, les sans-papiers risqueraient ainsi jusqu’à 2 ans d’incarcération... Le canton est appelé à faire usage de la détention administrative et à aménager «un lieu adéquat» dans ce but. Pour un tour de chauffe pré-électoral, c’est mieux que l'UDC!

    Derrière cette prose nauséabonde, les édiles genevois du parti : Pierre Maudet (Conseiller administratif), Frédéric Hohl (chef de groupe au Grand Conseil) et Rolin Wavre, secrétaire général.

    Renvoyez ce torchon liberticide et raciste à son expéditeur, avec votre avis sur la plage réservée aux signatures. Un peu d’imagination, que diable…: «Construisons des camps!»; «si le taser ne suffit pas, essayons la gégène!»; «Pourquoi ne pas leur couper les oreilles?». C’est affranchi à forfait! Il en coûtera chaque fois 1,10 Frs aux radicaux. Et vu que l'UBS n'a plus les moyens de les aider...

    Jean Batou