http://www.xiti.com/xiti.asp?s=611043

Regard critique

  • LE VIRUS ET LA FAIM DANS LE MONDE

    À la fin de cette année, les populations affectées par une famine aigüe devraient plus que doubler, passant ainsi de 130 à 265 millions de personnes, selon les experts du Programme alimentaire mondial. Le confinement et la distance sociale ont en effet supprimé les sources de revenus les plus élémentaires de très nombreuses personnes qui survivent au jour le jour. L’année n’avait déjà pas bien commencé pour elles, mais les mois à venir s’annoncent beaucoup plus sombres.

    Lire la suite

  • CHRONIQUE D’UNE CATASTROPHE ANNONCÉE

    Le 31 décembre dernier, après un mois et demi de déni et de tergiversations (le premier malade avait été signalé le 17 novembre), la Chine informe l’OMS de l’apparition d’un nouveau virus, dont la létalité et la contagiosité vont être rapidement démontrées. Le 23 janvier, elle décide de couper la ville de Wuhan (11 millions d’habitants) du reste du pays, perturbant du même coup de nombreuses chaînes de production mondialisées. Les responsables occidentaux assistent alors sans le comprendre au premier acte d’une pandémie globale.

    Lire la suite

  • STOPPER LA PANDÉMIE DU VIRUS ET DE LA DETTE

    Capture d’écran 2020-04-18 à 16.40.12.pngÀ la fin de l’année 2019, dix ans après la crise financière de 2007-09, l’économie mondiale n’était pas encore sortie d’une longue période de déséquilibres : surcapacités physiques importantes, ralentissement de la production et des échanges et explosion astronomique de l’endettement public et privé. Elle marquait déjà des signes de rechute, notamment un ralentissement des investissements productifs, de l’activité manufacturière et des échanges internationaux.

    La pandémie du COVID-19 a donc frappé au plus mauvais moment. De surcroît, les marges de manœuvre des banques centrales (baisse des taux), des États (nouvel endettement public, relance des dépenses d’infrastructures) sont objectivement limitées. Tout ceci dans un contexte de hausse durable des cours des matières premières, de guerre commerciale internationale et d’atonie généralisée de la demande.

    Dans un tel environnement global, le fléchissement de l’investissement productif depuis 2018 est bien compréhensible. Il répond au ralentissement de la demande d’équipements et de biens de consommation, ceci en dépit d’un endettement public et privé colossal (87 trillions de dollars de plus qu’au début de la crise de 2008) et de dépenses de publicité insensées (plus de 560 milliards de dollars à l’échelle mondiale en 2019). Pourtant, le rendement des investissements productifs demeure toujours insuffisant, provoquant le reflux d’énormes masses de capitaux vers la spéculation financière.

    La hausse des prix des matières premières contribue à cette érosion des profits dans la sphère productive : après avoir baissé en termes réels de 0,5% par an durant le 20esiècle, ils ont doublé en 20 ans, depuis le début du 21esiècle. Cette inversion répond cependant à des causes profondes : raréfaction des produits de base et ressources énergétiques, gisements moins accessibles, augmentation des risques politiques à l’exploitation et au transport, incorporation partielle des coûts environnementaux, perturbations climatiques (pour les produits agricoles), hausse de la demande à long terme des économies émergentes, etc.

    Compte tenu de ce qui précède, on peut se demander quelle va être la gravité de la profonde dépression qui s’annonce et quels moyens permettraient d’en faire payer la facture aux grands prédateurs du capital financier plutôt qu'au monde du travail et aux couches les plus précaires de la population. Dans l'immédiat, le niveau d’endettement va faire un nouveau et formidable bond en avant – il devrait actuellement dépasser 260 trillions de dollars, soit 3,25 fois le PIB mondial. En même temps, la réduction de la masse salariale va entraîner de nouvelles restrictions de la demande et créer une nouvelle incitation à réduire les investissements productifs.

    À l’heure où plusieurs États du Sud sont au seuil de la cessation de paiement du service de leur dette, il est évidemment urgent d’annuler celles-ci sans exiger de nouvelles compressions budgétaires de pays ravagés par une misère de masse. Mais au-delà, ne doit-on pas envisager plus généralement l’annulation de l’ensemble des dettes, alors que le PIB mondial devrait diminuer d’au moins 3% en 2020 ? Car derrière la dette, il y a le capital rentier qui en tire parti, ne produit rien d’utile, et détermine de plus en plus les politiques économiques régressives qui nous mènent à une véritable impasse de civilisation.

    Voilà une réponse éminemment politique à la crise que nous traversons, que le choc de COVID-19 pourrait amener de larges secteurs de l’opinion publique à comprendre et à préconiser.

  • COVID-19 : DÉJÀ L’ÉQUIVALENT DE 5 GRIPPES SAISONNIÈRES EN SUISSE

    Comment mesurer l’importance de la pandémie ? À l’heure qu’il est, le nombre de décès attribué à COVID-19 à l’échelle mondiale se monte à quelque 125 000 et augmente de 5 000 victimes par jour. Si ces chiffres constituent de premières approximations, ils sont sans doute très inférieurs à la réalité. Pour ne prendre que le cas de la Suisse, la surmortalité liée au coronavirus durant la semaine du 29 mars au 5 avril peut être évaluée à 741 personnes (différence entre le nombre de morts, année moyenne, durant cette semaine, et le nombre de morts en 2020) (cf. mon post du 13 avril).

    Lire la suite

  • COVID-19 : LA LUMIÈRE AU BOUT DU TUNNEL ?

    Mercredi, le Conseil fédéral va sans doute annoncer que nous voyons enfin la lumière au bout du tunnel et qu’il faut prudemment mettre en place un scénario et un calendrier de sortie de crise. En projetant les évolutions enregistrées grâce au confinement et à l’arrêt d’une partie significative des activités économiques (même si l’ensemble des activités non essentielles et non urgentes n’ont pas été stoppées), nous pouvons dresser le graphique suivant de la surmortalité due à COVID-19 :

    2.png

    Jusqu’au 5 avril, nous sommes dans le domaine de l’évolution réellement enregistrée et des données publiées par l’OFS, que je n’ai fait que reprendre. Avec la semaine qui s’achève le 12 avril, il s’agit déjà d’extrapolations de ma part, sans doute très proches de la réalité, mais plus aléatoires à mesure que l’on avance dans le temps. Elles sont fondées sur la confirmation des évolutions récentes, liées aux mesures de confinement. Et ce sont sur ces évolutions que le Conseil Fédéral réfléchit sans doute.

    Mais que va-t-il se passer si les mesures prises jusqu’ici sont allégées ? C’est là qu’il faut introduire les grandes tendances internationales, tant il est vrai que cette pandémie et les dispositions pour s’y opposer ne peuvent pas être pensées pays par pays :

    1.png

    Ce graphique extrêmement suggestif, publiés hier par le Financial Times, montre que la pandémie reste en pleine expansion, aux États-Unis mais aussi en Europe, en dépit des mesures de confinement et de fermeture des frontières adoptées par un grand nombre de pays. Certes, les États les plus durement touchés, comme l’Italie, l’Espagne, la France, la Belgique et la Hollande, mais aussi la Suisse (plus de 1100 morts aujourd’hui), ont réussi finalement, au prix de gros efforts, à contenir la progression de l’épidémie.

    Pourtant, le contexte d’ensemble reste explosif. Il suffit d’observer l’élargissement inquiétant de « l’entonnoir » ci-dessus, en particulier au cours de cette toute dernière semaine pour mesurer que nous ne sommes pas du tout sortis du tunnel. Et c’est là que les scenarii de « sortie de crise » élaborés au niveau national sont lourds de dangers. Il est en effet peu concevable de remettre en marche l’économie sans relancer à nouveau la circulation des marchandises, des personnes… et du virus.

    Que faire alors ? Maintenir le confinement tant que nécessaire et suspendre les activités économiques non indispensables et urgentes afin de faire reculer l’épidémie de façon décisive dans les prochaines semaines. Accompagner tout geste de déconfinement d’une généralisation des tests et du traçage du virus, mais aussi d’une distribution massive de masques de protection et de gels hydroalcooliques, pour empêcher tout rebond. Renforcer durablement les services publics et les prestations sociales. Enfin, exiger un effort de solidarité des grandes fortunes, alors que les salarié·e·s et les petits indépendant·e·s endurent le plus fortement les conséquences de la crise.

  • COVID-19 ÉTAIT-IL PRÉVISIBLE ? AURAIT-IL PU ÊTRE MIEUX CONTENU ?

    En septembre 2019, une équipe de chercheurs du John Hopkins Center for Health Security publiait un rapport, à la demande de l’OMS, intitulé « État de préparation à une pandémie causée par un agent pathogène respiratoire à fort impact ». Le 6 avril, la principale responsable de cette étude, l’épidémiologiste Jennifer Nuzzo, revenait pour Jstor Dailysur cet avertissement que les responsables politiques n’ont pas voulu entendre.

    Lire la suite

  • « NE NOUS FLATTONS PAS TROP DE NOS VICTOIRES SUR LA NATURE. ELLE SE VENGE SUR NOUS DE CHACUNE D’ELLES »

    Cette phrase, qui tombe sous le sens dans une perspective écologiste, a été publiée en 1883, il y a près de 140 ans, par le plus proche compagnon de Karl Marx, Friedrich Engels. Je reproduis le passage du raisonnement qu'elle introduit, dans un ouvrage intitulé "La dialectique de la nature", en songeant à son extraordinaire actualité, à l'heure du réchauffement climatique et des nouvelles pandémies microbiennes liées à la déforestation et à l'extension des élevages industriels en batterie.

    Lire la suite

  • SUISSE, ITALIE, CORÉE : QUEL BILAN DU PREMIER MOIS DE PANDÉMIE ?

    Il y a un mois, le 4 mars, le premier malade mourait de COVID-19 en Suisse, un jour après le premier décès en Corée du Sud, et douze jours après le premier décès en Italie. À 13 h., aujourd’hui, la Suisse déplorait 620 victimes, 7,3 pour 100 000 habitants, soit une proportion identique à celle de l’Italie à l’issue d’un mois de pandémie, le 21 mars à la mi-journée, mais vingt-et-une fois supérieur à celui de la Corée dans le même laps de temps. Allons-nous continuer à suivre le chemin que l’Italie dans les jours à venir ?

    Lire la suite

  • COVID-19 AU FÉMININ

    Parmi les personnes hospitalisées ou décédées pour cause de COVID-19, les hommes sont sensiblement plus nombreux. Les raisons de cette différence ne sont pas encore établies de façon systématique. En revanche, les femmes sont clairement surreprésentées parmi les victimes économiques et sociales indirectes de la pandémie en cours, dans le monde du travail comme au sein de la famille.

    Lire la suite

  • COVID-19 ET TRAVAIL INFORMEL

    Les effets sociaux de la pandémie touchent de façon brutale de large secteurs du travail informel, précaire, ubérisé, qui ont explosé ces dernières années en Europe et aux États-Unis, provoquant les premières poussées de révolte dans les régions les plus pauvres touchées par COVID-19.

    Lire la suite

  • LE CONSEIL D'ÉTAT À CÔTÉ DE LA PLAQUE

    Depuis une semaine, à Genève, 1 décès sur 5 est dû à COVID-19 (2 décès sur 5 hier, le 26 mars). Au Tessin, durant cette même semaine, 5 décès sur 6 sont dus à COVID-19. Ces chiffres montrent que la surmortalité liée à la pandémie est en train d’exploser dans les cantons suisses les plus touchés. Genève arrive aujourd’hui en deuxième position, par rapport à sa population, devant le canton de Vaud. Ensemble, ces trois cantons latins comptent pour 56% des 197 décès rapportés aujourd’hui (27 mars, à midi) à l’échelon national.

    Et pourtant, le Conseil d'État genevois s’entête à maintenir le 2tour des Municipales ce 5 avril, sans doute au pic de la pandémie, alors qu’un report de 2 à 3 mois n’aurait pratiquement rien changé au fonctionnement des institutions. En revanche, il aurait garanti le maintien d’une campagne électorale démocratique, évitant que les partis les plus fortunés puissent publier des pleines pages de publicité dans les journaux, comme le PLR, dans la Tribune de Genève de ce 23 mars, alors que les partis les plus populaires se voient privés d’une campagne militante de rue.

    Par ailleurs, comme il fallait s’y attendre, l’organisation de cette élection débouche sur la cacophonie la plus complète : les indications portées sur le matériel de vote sont en contradiction avec les arrêtés du Conseil d’État, risquant d’induire nombre d’électeurs·trices en erreur ; des consignes distinctes, envoyées par le Service des votations, arrivent pêle-mêle avant ou après le matériel de vote ; personne ne sait plus à quel saint se vouer, sans compter les personnes les plus fragiles qui ne relèvent plus leur boîtes aux lettres.

    Capture d’écran 2020-03-27 à 12.44.49.png

    Et voilà qu’on apprend ce matin que le Conseil d’État a décidé de rouvrir les chantiers, par peur de ne pas respecter à la lettre les recommandations de Berne, alors qu’un peu de clairvoyance et de courage aurait dû l’amener à maintenir cette fermeture et à convier les deux autres cantons les plus touchés par COVID-19 à exiger la suspension de toutes les activités économiques non essentielles à l’échelon national. En effet, le Tessin n’a qu’une semaine d’avance sur Genève et Vaud pour ce qui est de la létalité de l’épidémie, tandis que ces deux cantons romands n’ont qu’une semaine d’avance sur le reste de la Suisse. Doit-on se préparer à un scénario à l’italienne ?

    Il appartient donc désormais à la société civile de se manifester pour demander aux autorités qu’elles agissent dans l’intérêt de la grande majorité de la population, et non des intérêts économiques de quelques coteries bien représentées dans les coulisses des différents conseils d’État et de la Berne fédérale. Exigeons la fermeture immédiate des activités non essentielles aux soins, à l’approvisionnement et à la sécurité de la population !

  • SWISSCOM ET LE CONSEIL FÉDÉRAL FONT FAUSSE ROUTE : FERMONS LES ENTREPRISES NON INDISPENSABLES !

    Face à la pandémie, le Conseil Fédéral refuse de suspendre les activités économiques non indispensables à la lutte contre COVID-19. En même temps, Swisscom s’engage à livrer des informations sur la géolocalisation de regroupements de plus de 20 personnes dans un espace de 100 m. sur 100 m. à l’Office fédéral de la santé publique. Cherchez l’erreur…

    Lire la suite

  • COVID-19 : la guerre des chiffres

    Les nombres de morts de COVID-19 par pays sont des données assez comparables, au moins pour les États qui disposent de services sanitaires développés et de relais administratifs sérieux. Ce sont les plus robustes dont on dispose pour les pays du monde les plus touchés depuis deux semaines, qui permettent ainsi d’établir des comparaisons internationales. Mais à quoi peuvent bien servir de tels chiffres?

    Lire la suite

  • AUSTÉRITÉ EN MATIÈRE DE SANTÉ PUBLIQUE ET LÉTALITÉ DE COVID-19

    Les décès attribués à COVID-19 varient fortement selon les pays, de même que leur progression journalière. Il semble bien que la létalité inégale de cette maladie selon les États dépende des politiques de santé publiques menées par chacun d'eux depuis 20 ans. Elles s'expriment concrètement par un différentiel important de lits en soins intensifs pour 1000 habitants. Dans ce domaine, les politiques néolibérales révèlent aujourd'hui pleinement leur coût humain, mais aussi leur irrationalité économique.

    Lire la suite

  • PANDÉMIES, MESURES SANITAIRES ET LIBÉRALISME ÉCONOMIQUE: LA SUISSE DONNE LE PLUS MAUVAIS EXEMPLE

    Cholera.png

    Au cours de ces 4 derniers jours, du 19 au 23 mars, la Suisse a été le pays au monde qui a connu la plus forte augmentation du nombre de morts de COVID-19 (+228%), suivie par les USA (+215%), le Royaume-Uni (+179%), la France (+178%), l'Espagne (+175%), l'Allemagne (+164%), la Hollande (+134%), l'Italie (+84%), la Corée du Sud (+22%) et la Chine (+1%).

    Les chiffres absolus très élevés de l'Italie et de l'Espagne, cachent une progression beaucoup plus rapide du nombre de morts dans les autres pays, dont la Suisse, les États-Unis et le Royaume-Uni ont désormais pris la tête. Ce sont aussi les États les plus libéraux économiquement, où le gouvernement central a hésité le plus longtemps et hésite toujours à prendre des mesures radicales par peur de nuire aux "milieux économiques".

    Dans les années 1830-1840, les scientifiques qui défendaient le caractère contagieux (transmis de personne à personne) des maladies comme la peste ou le choléra, étaient contrés par le consensus majoritaire des experts britanniques et français, qui estimaient que ces maladies étaient transmises par des qualités propres à l'air ou à l'eau, par des miasmes. Ils étaient alors soutenus par les milieux libéraux, qui s'opposaient à toute idée de mise en quarantaine des navires marchands. La vérité scientifique a fini, on le sait, par triompher, mais à quel prix en souffrances humaines...

    Aujourd'hui, les mêmes milieux récidivent, jusqu’en Italie, où malgré 5500 morts à ce jour, le gouvernement est revenu sur sa décision de samedi soir de fermer toutes les activités non indispensables, sous la pression des milieux industriels. Alors que la Suisse voit exploser le nombre de décès dus à de COVID-19, exigeons maintenant des autorités fédérales et cantonales la fermeture de toutes les activités non indispensables. Il n'y a pas une minute à perdre. Il en va de la vie de centaines de personnes !

  • LA SUISSE À LA POINTE DU CAPITALISME MONDIALISÉ ET DE COVID-19

    Où en est-on dans la progression de la pandémie à l’échelle internationale ?

    Mortifère.png

    Au début de cet après-midi (22 mars), le Coronavirus Ressource Center de l’Université Johns Hopkins recensait 312'000 cas testés, soit sans doute quelque 3 millions de personnes réellement infectées dans le monde. En tenant compte du taux de létalité de 3,4%, certes discutable, postulé par l’OMS, cela signifierait déjà 102'000 morts annoncées, dont une partie ne sera sans doute pas attribuée à COVID-19, dans les pays où les infrastructures sanitaires sont débordées. En réalité, ces chiffres seront évidemment très largement dépassés, puisqu’aujourd’hui, la progression de l’épidémie n’a pu apparemment être contenue qu’en Chine.

    Dans tous les cas, le nombre de cas répertoriés chaque jour n'est pas un bon indicateur de la progression de la pandémie. Il dépend en effet du nombre de tests effectués. Celui des morts enregistrés est en revanche plus significatif, certes avec un temps de retard, et dans les pays où les malades gravement atteints peuvent être hospitalisés. Sous ce rapport, en proportion de sa population, l'Italie arrive aujourd’hui en tête, suivie de l'Espagne et de l'Iran (dont les chiffres paraissent sous-estimés). La Suisse les suit en 4place (avec 80 morts aujourd’hui), devant la France, la Hollande et le Royaume-Uni. La Chine n'est plus aujourd'hui qu'en 8position, talonnée par la Corée du Sud, les États-Unis et l'Allemagne…

    La Suisse a donc le triste privilège d'être dans le peloton de tête. À qui la faute ? Au refus de tester massivement la population, alors que Roche AG exporte 400'000 kits par semaine aux États-Unis depuis le 13 mars ; au refus de garantir la livraison massive de masques à toutes celles et ceux qui en auraient besoin – ils devraient être portés partout où « la distance sociale » peut difficilement être respectée (magasins, transports publics, etc.) ; mais aussi au retard pris dans la fermeture préventive des sites de formation et de loisir ; sans parler des lieux de travail non indispensables, que les autorités fédérales s’entêtent à laisser ouverts.

    Au cours de ces 5 derniers jours, du 17 au 22 mars, le nombre de morts a crû de 281% en Suisse et de 280% en France, contre 177% en Espagne, 124% en Italie, 28% en Corée du Sud et 1% en Chine. Certes, l’épidémie n’en est pas au même stade dans ces différents pays, et les États jusqu’ici les plus épargnés, qui ont souvent tardé à prendre des mesures drastiques, tendent à rattraper le peloton de tête, avec des taux exceptionnellement élevés : 467% en Hollande, 320% en Allemagne, 316% au Royaume-Uni et 309% aux États-Unis.

    De façon plus générale, l’apparition de nouveaux virus inconnus ou mutants est liée à la déforestation, au développement de méga-élevages industriels et, potentiellement, au dégel du permafrost. Leur diffusion suit aussi les lignes de crêtes de la mondialisation capitaliste – la Chine, le Corée du Sud, le Japon, l’Europe Occidentale, les États-Unis –, par le biais de la circulation accélérée des marchandises et des personnes. Avec la multiplication des catastrophes climatiques, les nouvelles pandémies annoncent l’impasse d’un ordre économique et social mortifère.

    Plus immédiatement, les chaînes de production internationalisées, la réduction systématique des stocks (just in time) – ceux des masques chirurgicaux! –, et l’insuffisance structurelle des débouchés (compression des salaires, des dépenses publiques et des investissements) expliquent l’extrême vulnérabilité du système économique actuel. En dirigeant une part croissante des richesses vers la spéculation financière, il accentue encore sa fragilité, puisque lorsque les Bourse.pngboursicoteurs cèdent à la panique, comme aujourd’hui, ils assèchent brutalement le crédit de «l’économie réelle». Sur le plan social, les coupes budgétaires qui ont touché partout de plein fouet les systèmes de santé, montrent enfin leur totale inhumanité et irrationalité face à la déferlante de COVID-19.

    N’est-il pas grand temps de laisser «la sagesse des fous», des anticapitalistes, prendre le dessus sur «la folie des sages», des néolibéraux de tous poils, comme le souhaitait déjà Jean Jaurès, il y a plus d’un siècle ?

  • COVID-19 ET LA RÉCESSION QUI VIENT

    Epidemie.pngLa crise économique et financière internationale qui s’annonce, dont le déclenchement (et non les causes) est lié à la pandémie du Covid-19, est très différente de celle de 2008, qui avait été péniblement surmontée par le transfert d’une montagne de dettes aux collectivités publiques, faisant pour un temps l’économie d’une amputation douloureuse des capacités de production excédentaires.

    Elle met cette fois-ci en évidence la fragilité de l’appareil productif d’un capitalisme de plus en plus sénile. La généralisation de chaînes d’approvisionnement mondialisées à flux tendu misant sur une augmentation sans fin de l’exploitation du travail, génère aujourd’hui des contradictions explosives : l’anémie généralisée des investissements et de la demande (39% des Américains disent aujourd’hui ne pas pouvoir faire face à une dépense imprévue de 400$).

    L’effondrement boursier en cours est impressionnant : durant ce dernier mois, les cours du pétrole ont chuté de 55% (bonne nouvelle pour la Chine, moins bonne pour les USA, dont le fracking devient trop cher), les principaux indices boursiers (Dow Jones, Nikkei, Cac40, Dax, SMI, etc.) ont accusé des pertes moyennes de 30 à 35%, le marché obligataire a aussi été atteint, et même l’or, valeur refuge par excellence, a accusé le coup (-8% en dollars US). Et ce n’est qu’un début.

    Le ralentissement de la production industrielle, lié à la pénurie de produits intermédiaires, au recul de la demande et aux mesures sanitaires adoptées, même insuffisantes, entre en résonance avec la paralysie de nombreux autres secteurs frappés plus immédiatement par la pandémie – transport aériens, tourisme, restauration, services à la personne. La semaine prochaine, 3 millions d’Américains vont pointer au chômage, et le PIB du pays pourrait reculer, selon les estimations, de 15 à 30%, sur une base annuelle, durant les 3 prochains mois. Bien entendu, les effets économiques de la pandémie dépendent de sa durée. Or sur ce point, les experts chinois, qui ont pourtant réussi pour le moment à contenir l’épidémie, ne sont guère optimistes : ils ne pensent pas que la reprise d’une activité normale soit envisageable avant l’automne prochain.

    Or, cette réaction en chaîne intervient sur un terrain déjà profondément miné par une demande structurellement insuffisante en raison d’une compression de longue durée des salaires et des transferts sociaux. Dans ce contexte, l’arme monétaire (baisse des taux et rachats d’actifs peu liquides) a de moins en moins d’effets. Certains financiers sont ainsi passés du jour au lendemain de l’euphorie à la panique : le chef économiste du Mitsubishi Financial Group écrit ainsi à ses clients : « Vendez tant que vous le pouvez, avant qu'ils ne ferment toute l'économie américaine ». Nous sommes à la veille de « la plus rapide récession de l'histoire. Avec plus personne pour dépenser quoi que ce soit pour une longue période » (Washington Post, 21 mars 2020).

    En réalité, COVID-19 n’est que le révélateur de l'extraordinaire fragilité d'un capitalisme sénile aux ordres d'une finance parasitaire, qui n'a cessé d'affaiblir les fondements de « l'économie réelle », la demande et l'investissement. Ce navire qui prend l’eau de toutes parts n’est pas du tout adapté pour naviguer par gros temps !

  • La démocratie genevoise est-elle soluble dans l’argent trouble ?

    Unknown.jpegAu cours de cette dernière campagne électorale cantonale d’énormes financements pleuvent de partout sur un parti qui prône la défense des super-riches et leur volonté explicite d’évincer Ensemble à Gauche du parlement cantonal.

    En plénière du Grand Conseil, le 24 novembre dernier, en réponse à un projet de loi visant à supprimer une faveur fiscale aux multimillionnaires, le député Ronald Zacharias, aujourd’hui candidat de Genève en Marche au Conseil d’Etat, déclarait que ma proposition relevait de la maladie mentale, et qu’il disposait des fonds nécessaires pour me soigner en recourant au savoir faire du député chirurgien Philippe Morel, aujourd'hui candidat PLR…

    Or voilà qu’une candidate de Genève en Marche achèterait des bulletins de vote parmi les abstentionnistes et les vendrait à 50 francs, ce qui porterait le prix de 1% des suffrages à 50 000 francs, soit une toute petite fraction des moyens de Genève en Marche… En même temps, la responsable présumée de ce commerce de cartes de vote signées a été dénoncée à la police par son propre parti.

    À en croire la Tribune de Genève, elle aurait affirmé « avoir favorisé par le passé d’autres votations et élections »;  elle serait même « coutumière de la pratique avec d’autres partis gouvernementaux ». L’enquête déterminera si ce n’est que pure affabulation ou si elle a effectivement vendu des bulletins à d’autres partis, si oui, auxquels, et si cela a pu influencer d’autres votations ou élections.

    Dans tous les cas, il est grand temps de limiter fortement l’influence de l’argent sur les processus électoraux, comme le demande Ensemble à Gauche, qui vient de déposer un projet de loi dans ce sens, au risque de voir se développer une véritable mafia électorale à Genève. Cela vaut pour les campagnes comme pour la procédure de vote elle-même.

    Pour offrir les meilleures garanties contre l’achat ou le vol de matériel de vote par des partis ou candidats indélicats, il n’y a en effet qu’une solution citoyenne sérieuse : le retour du vote aux urnes. N’est-ce pas le seul moyen de redonner confiance aux électeurs-trices dans la correction des opérations électorales ?

  • RIE III : UN NON DE LA RAISON ET DE LA DIGNITÉ

    La 3e réforme de l’imposition des entreprises (RIE III) est une nouvelle mesure néolibérale: le 1% y gagnerait gros et les 99% y perdraient le lard du chat. Elle vise à réduire massivement la contribution des grandes sociétés privées (les PME n’y gagneraient rien) au financement des services publics et des prestations sociales. Tout comme la pression sur les salaires directs et le maintien de charges patronales très faibles (en comparaison internationale), la forte réduction de la taxation des bénéfices contribuerait à accroître la ponction du capital sur les nouvelles richesses créées, au détriment du travail. Et loin de profiter aux investissements et à l’emploi, cette ponction viendrait grossir les dividendes des gros actionnaires.

    Lire la suite

  • RIE III : NOUS POUVONS GAGNER CONTRE LE LOBBY DE L’ARGENT

    La RIE III c’est un transfert de 5 milliards par an des collectivités publiques dans les poches des gros actionnaires des principales entreprises de ce pays. De quoi est-elle le nom ? De la plus violente offensive des milieux patronaux contre les services publics, contre les retraites, contre les assurances sociales, contre nous tous, depuis des décennies.

    Lire la suite