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COVID-19 : DÉJÀ L’ÉQUIVALENT DE 5 GRIPPES SAISONNIÈRES EN SUISSE

Comment mesurer l’importance de la pandémie ? À l’heure qu’il est, le nombre de décès attribué à COVID-19 à l’échelle mondiale se monte à quelque 125 000 et augmente de 5 000 victimes par jour. Si ces chiffres constituent de premières approximations, ils sont sans doute très inférieurs à la réalité. Pour ne prendre que le cas de la Suisse, la surmortalité liée au coronavirus durant la semaine du 29 mars au 5 avril peut être évaluée à 741 personnes (différence entre le nombre de morts, année moyenne, durant cette semaine, et le nombre de morts en 2020) (cf. mon post du 13 avril).

Capture d’écran 2020-04-14 à 19.32.39.pngOr, la statistique n’a enregistré « que » 415 décès dus à COVID-19 pendant cette même semaine (cf. corona-data.ch). La mortalité due à COVID-19 semble donc supérieure de 80% à celle enregistrée par la statistique officielle. Aux États-Unis, elle est estimée au double ou au triple des chiffres publiés, en raison du nombre important de personnes qui décèdent hors des circuits hospitaliers. En Chine, les chiffres annoncés paraissent aussi largement sous-estimés, sans parler de ceux de l’Iran, du Brésil, de l’Inde ou d’autres pays qui disposent d’infrastructures sanitaires extrêmement fragiles, ou le sous-enregistrement peut représenter 4 victimes sur 5 ou même 9 victimes sur 10.

Après coup, on mesure la létalité d’une pandémie à partir d’indicateurs indirects, comme la surmortalité enregistrée pendant la durée de celle-ci. L’étude la plus récente évalue ainsi le nombre de décès par an dus à la grippe saisonnière dans le monde à 409 000 (année moyenne), soit 6,4 pour 100 000 hab. Mais ces chiffres sont tirés vers le haut par les pays à bas revenus (9,6 pour 100 000 hab.) et vers le bas par les pays à hauts revenus (5,2 pour 100 000 hab.) (Lancet 2018, 391, p. 1285). À partir de ces données, on pourrait ainsi situer la létalité annuelle moyenne de la grippe saisonnière en Suisse aux environs de 450 morts (sans doute un peu plus, compte tenu de la proportion élevée de la classe d’âges des « plus de 75 ans »).

On notera que pour COVID-19, la mortalité enregistrée en Espagne, en Italie et en Belgique se situe déjà aujourd’hui dans une fourchette de 30 à 40 décès pour 100 000 hab., ce qui laisse supposer, compte tenu du sous-enregistrement de ceux-ci, une mortalité effective plus proche de 60 à 80 pour 100 000 hab. (15 fois l'impact d'une grippe). Pour la Suisse, en postulant une mortalité effective supérieure de 80% au données enregistrées, nous serions à 25 morts pour 100 000 hab., soit déjà 4 à 5 fois plus qu’une grippe saisonnière. Et nous ne sommes pas encore à l’heure du bilan final…

Dans le scénario le meilleur – 1. La pandémie reste centrée sur les pays à hauts niveaux de revenus (principalement l’Europe Occidentale et les États-Unis) ; 2. nous avons atteint son pic ; 3. le nombre de décès peut être contenu au niveau actuel pendant les deux semaines à venir avant de décroître au même rythme qu’il a progressé –, nous pourrions être sortis d’affaire à la mi-juin avec un bilan mondial de l’ordre de 1 million de morts. Mais si la pandémie n’est pas contenue durablement dans son épicentre actuel, et qu’elle s’étend en plus aux régions à plus faibles revenus, ses conséquences pourraient être infiniment plus meurtrières, de l’ordre de plusieurs millions de morts.

C’est à cette aune qu’il faut donc apprécier les décisions prises par les autorités européennes et états-uniennes aujourd’hui, de même que celles qu’elles prendront dans les semaines à venir. De celles-ci dépendra l’ampleur finale de la catastrophe. Leur responsabilité est énorme, alors qu’elles n’ont pas brillé par leur clairvoyance jusqu’ici. C’est pourquoi la plus extrême précaution devrait être de rigueur.

Commentaires

  • Permettez-moi de relever que vous sous-estimez la surmortalité attribuable à la grippe saisonnière. 500 décès c'est le cas dans les bonnes années. Mais il est aussi possible de monter à 2'500 décès. De mémoire, 2016/2017 c'est 1'500 morts.

    Nous en sommes à une très mauvaises grippe "ordinaire" et nous dépasseront certainement le double du nombre de décès à ce jour.

    A cela, il faudra ajouter la surmortalité qui va découler de l'asphyxie de la production des biens et services. En effet, cet asphyxie va précipiter l'appauvrissement de la société et de multiple dysfonctionnements vont survenir y compris dans le domaine sanitaire.

    C'est dire que si l'objectif zéro morts dus au coronavirus à court terme est louable, être trop exigeant c'est augmenter le nombre de décès à moyen et long terme. Ces décès toucheront des personnes dont l'espérance de vie étaient, avant les mesures socio-économiques, plus élevé que ceux qui sont victime du covid. En nombre d'année de vie la réaction excessive est tout bonnement catastrophique.

    Quant à l'échelle mondiale, il ne faut pas perdre de vue que l'on compte 57 millions de morts par an, dont plusieurs millions sont évitables.

  • Ce billet manque cruellement de références comme si nous devions croire sur parole son auteur.

  • Attendez la fin de l'année pour faire ces décomptes macabres, et vous verrez qu'il n'y aura sur l'année pas plus de morts que l'année dernière!! En 2017 il y a eu en France 606'000 morts, soit 1750 morts par jour! Pire en 2018 610'000 morts! soit 14% plus que dix ans avant! La pollution est sans caucun doute la cause d'une telle mortalité pourquoi nos gouvernements ne le disent pas?

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