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STOPPER LA PANDÉMIE DU VIRUS ET DE LA DETTE

Capture d’écran 2020-04-18 à 16.40.12.pngÀ la fin de l’année 2019, dix ans après la crise financière de 2007-09, l’économie mondiale n’était pas encore sortie d’une longue période de déséquilibres : surcapacités physiques importantes, ralentissement de la production et des échanges et explosion astronomique de l’endettement public et privé. Elle marquait déjà des signes de rechute, notamment un ralentissement des investissements productifs, de l’activité manufacturière et des échanges internationaux.

La pandémie du COVID-19 a donc frappé au plus mauvais moment. De surcroît, les marges de manœuvre des banques centrales (baisse des taux), des États (nouvel endettement public, relance des dépenses d’infrastructures) sont objectivement limitées. Tout ceci dans un contexte de hausse durable des cours des matières premières, de guerre commerciale internationale et d’atonie généralisée de la demande.

Dans un tel environnement global, le fléchissement de l’investissement productif depuis 2018 est bien compréhensible. Il répond au ralentissement de la demande d’équipements et de biens de consommation, ceci en dépit d’un endettement public et privé colossal (87 trillions de dollars de plus qu’au début de la crise de 2008) et de dépenses de publicité insensées (plus de 560 milliards de dollars à l’échelle mondiale en 2019). Pourtant, le rendement des investissements productifs demeure toujours insuffisant, provoquant le reflux d’énormes masses de capitaux vers la spéculation financière.

La hausse des prix des matières premières contribue à cette érosion des profits dans la sphère productive : après avoir baissé en termes réels de 0,5% par an durant le 20esiècle, ils ont doublé en 20 ans, depuis le début du 21esiècle. Cette inversion répond cependant à des causes profondes : raréfaction des produits de base et ressources énergétiques, gisements moins accessibles, augmentation des risques politiques à l’exploitation et au transport, incorporation partielle des coûts environnementaux, perturbations climatiques (pour les produits agricoles), hausse de la demande à long terme des économies émergentes, etc.

Compte tenu de ce qui précède, on peut se demander quelle va être la gravité de la profonde dépression qui s’annonce et quels moyens permettraient d’en faire payer la facture aux grands prédateurs du capital financier plutôt qu'au monde du travail et aux couches les plus précaires de la population. Dans l'immédiat, le niveau d’endettement va faire un nouveau et formidable bond en avant – il devrait actuellement dépasser 260 trillions de dollars, soit 3,25 fois le PIB mondial. En même temps, la réduction de la masse salariale va entraîner de nouvelles restrictions de la demande et créer une nouvelle incitation à réduire les investissements productifs.

À l’heure où plusieurs États du Sud sont au seuil de la cessation de paiement du service de leur dette, il est évidemment urgent d’annuler celles-ci sans exiger de nouvelles compressions budgétaires de pays ravagés par une misère de masse. Mais au-delà, ne doit-on pas envisager plus généralement l’annulation de l’ensemble des dettes, alors que le PIB mondial devrait diminuer d’au moins 3% en 2020 ? Car derrière la dette, il y a le capital rentier qui en tire parti, ne produit rien d’utile, et détermine de plus en plus les politiques économiques régressives qui nous mènent à une véritable impasse de civilisation.

Voilà une réponse éminemment politique à la crise que nous traversons, que le choc de COVID-19 pourrait amener de larges secteurs de l’opinion publique à comprendre et à préconiser.

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